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Quinzième volet

Voyage…

Oublier

C’est trop lourd
tout ce temps à exhumer
Trop de pierres éboulées
trop d’ombres à défaire
des congères et des congères de silence
Ajouter du bois vert sur la sole
et la sève chuinte
couve sous la brûlure
Tu attends une mise à jour de la souffrance
mais viens, on oublie !

9 février 2019

 

Par l’odeur affamée

L’odeur des poulets de rôtissoire dans la rue m’affame.
Quelle que soit l’heure, même s’il est très tôt, même si je viens de déjeuner.
Tu as déjà eu faim ? Très, je veux dire. De cette faim qui te crampe l’estomac. En ne sachant pas quel et quand sera ton prochain repas ?
Moi il m’est arrivé, d’avoir très faim en passant devant les poulets qui rôtissent en devanture, sur les trottoirs.
Mais rien ne m’empêche d’en acheter un. Ou bien s’il est déraisonnablement tôt, d’aller tromper ma faim avec n’importe quoi. Un bout de pain, trois cacahuètes, un chocolat chaud.
Je sais qu’un repas m’attend au bout du matin.
Et chaque fois, je pense aux gens qui ont faim. Qui passeraient là, et qui mangeraient des yeux, et qui mangeraient des narines. Et qui tendraient les mains parce que c’est agréablement chaud, une rôtissoire, lorsque tu as froid.
Tu as déjà eu froid ? Très, je veux dire. De ce froid qui mord et qui brûle. En n’ayant rien sur toi et ne sachant où aller pour t’en protéger ?
Moi il m’est arrivé d’avoir très froid dans la rue dans un trajet court, d’une maison bien chauffée à une autre. Alors rien de mieux qu’une rôtissoire pour prendre un peu de chaleur. Et rien de pire pour me donner faim. Et chaque fois, je pense aux gens qui n’ont ni le vivre ni le couvert et qui passeraient là.
Et chaque fois je me demande : osent-ils se réchauffer un petit moment au risque de se torturer à cette odeur affamante ?

27 janvier 2019

Ce vent glacé

Le vent, le vent glacé
fait danser les corbeilles de fleurs
sous cellophane

Poussières vivantes
dans l’eau sale des brouillards dorés
de contre-jour

C’est comme ça qu’on attrape la mort
dans les cimetières

A défaut de courage
il rit comme on s’étouffe

 

5 janvier 2018