Hier nous avons passé la nuit ensemble, à parler et à rire.
Je dis la nuit parce que c’était la nuit mais en réalité dans le rêve il faisait jour.
C’était le matin et nous étions tous les deux dans un très beau paysage, un peu comme chez toi, un peu comme chez moi.
Tu m’avais dessiné une petite maison. Tu m’as dit : C‘est ta maison, c’est là où tu habites.
J’ai répondu qu’elle manquait encore un peu de fenêtres alors tu en as rajouté une.
Ce n’était plus que de la lumière.
Nous avons entendu des voix et nous avons vu des manifestants contre le barrage de Sivens.
Ils arrivaient par les hautes herbes et nous jetaient dessus des boules de pétanque qui explosaient comme des cocktails molotov.
Nous n’arrivions pas à leur faire entendre que nous étions avec eux. J’ai appelé mon fils pour qu’il leur explique et aussi parce que ça lui plairait d’être là.
Mais ils continuaient à tirer. Alors nous avons sauté par la dernière fenêtre que tu avais dessinée et nous nous sommes réfugiés dans une grange. Nous y avons passé la nuit à parler et à rire.
Je dis la nuit mais il faisait jour. Un faisceau de soleil tombait par le créneau d’un toit éventré et la poussière du foin y faisait des paillettes.
Je dis la nuit parce que j’avais pleinement conscience que je dormais. Et que le jour viendrait avec l’acuité de ton absence.
Si je pouvais toujours rêver comme ça, je n’aurais plus aucune appréhension à dormir.
La nuit, je passerais mes journées à parler et à rire avec toi.

5 décembre 2014