Le premier souvenir que j’ai de l’école, c’est la pluie.
Rentrée des classes = le bruit des essuie-glaces qui couinent : ouin ou ouin, ouin ou ouin.

Le deuxième souvenir, c’est que je pleurais autant que le ciel : ouin et ouin…

Le troisième, c’est le bruit de la craie sur le tableau noir qui était vert.
Depuis, je déteste le vert.

Le quatrième n’est pas un souvenir. Comme je pleurais tous les matins – et ça fatigue, de pleurer – je dormais toutes les après-midi, dans la salle prévue pour la sieste des petits.
Je ne m’en souviens pas puisque je dormais, on me l’a raconté.

Le cinquième, c’est la gifle. La maîtresse avait tracé des tirets sur mon cahier, je devais recopier quatre vers d’une poésie en face de chaque trait.
J’avais donc écrit les quatre vers après les quatre premiers tirets.
Comme il y avait quatre autres tirets alignés dessous, j’avais recopié les mêmes vers.
La maîtresse m’avait houspillée, avait déchiré la page de mon cahier, avait remis ses huit tirets et m’avait demandé de recommencer.
J’avais recommencé. Huit vers.
Elle s’était énervée un peu plus, avait re-déchiré la page, tracé à nouveau huit tirets.
Je ne comprenais décidément pas ce qu’elle voulait. Pourquoi laisser quatre tirets vides ?
J’avais recommencé à écrire huit lignes…
Exaspérée, elle m’avait giflée.

Le sixième souvenir, c’est le rendez-vous qu’avait pris ma mère avec la maîtresse.
La dame m’avait fait un grand sourire et avait agité sous mon nez un papier rose pâle en disant :
– Regarde, Colette, tu es une bonne élève.
Le rendez-vous n’avait peut-être rien à voir avec la gifle ?
Il s’était peut-être passé plusieurs jours depuis cette histoire ? Il s’était peut-être passé un trimestre ?
Il n’empêche. J’ai toujours eu le sentiment qu’elle nous avait achetées, ma mère et moi, avec ce tableau d’honneur.

 

24 octobre 2016

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