J’aurais aimé filmer alors j’écris.
Une scène parfois bleue, rouge ou violette.
Je n’ai pas apporté mon caméscope au concert d’Asaf Avidan. Je ne voulais pas vivre le spectacle à travers un écran. J’aurais été trop loin de toutes façons, sans pied pour zoomer et le son aurait été pourri. J’ai bien fait de ne pas l’avoir pris, il m’aurait été confisqué par les agents de sécurité qui fouillaient tous les sacs à l’entrée.
Mais il y a deux choses que j’aurais aimé filmer et partager.
Ça n’aurait rien rendu, je suis d’accord.
Mais quand même, j’aurais aimé.
Le pinceau du projecteur qui tournait dans l’hémicycle des arènes. Qui balayait les spectateurs, ça faisait comme une vague. Dans l’océan-foule.
Ou comme le vent dans un pré, vous comprenez ?
Tous ces visages éclairés pssshhh…
On n’entendait pas pssshhh évidemment mais on aurait pu imaginer l’entendre, ce souffle de lumière.
Et puis…
Et puis le moment où il a posé sa guitare électrique pour prendre une guitare sèche.
Ce n’est pas que je n’ai pas aimé le côté rock pêchu des morceaux précédents.
Ce n’est pas ça, c’est…
Il a pris sa guitare sèche. Il y a eu presque un silence.
Je crois que tout le plein air debout a retenu sa respiration. Si c’était dans une salle j’aurais écrit toute la salle mais en plein air comment on dit ?
Bref, un silence suspendu qui n’a pas duré.
Aux premiers accords de One Day, s’il restait encore des gens assis, ceux-là se sont levés. Et là…

Le public a explosé et entonné le refrain avec lui, bien sûr.
Mais ce n’est pas ça…

C’est toutes ces mains tendues, brandissant des téléphones portables. Asaf multiplié par un millier d’écrans. Petites fenêtres lumineuses comme autant de scènes bleues, rouges ou violettes dupliquées dans la nuit.
Ça n’aurait rien rendu, je suis d’accord.
Quand même, j’aurais aimé.

Juillet 2013

Texte écrit après un concert de Asaf Avidan au Théâtre de verdure à Nice.

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