Enceinte et fiévreuse. Il y a des matins où l’on ferait mieux de rester couché. Mais ce n’était pas possible.
D’habitude, lorsque j’ai de la fièvre, il m’arrive de faire des cauchemars monstrueux.
Mais c’est la nuit, quand je dors. Là je ne dormais pas, je travaillais. Lundi veille de marché, il fallait les cueillir, ces petits pois.
Je cueillais, donc. Je remplissais mon panier que je vidais au fur et à mesure dans des cagettes empilées à l’ombre d’un arbre.
J’avançais courbée dans les rangées lorsque je vis deux énormes Playmobil, de la taille d’un enfant de 3 ans, qui me regardaient fixement, plantés dans le talus.
Il me faisaient peur !
Je me dis que c’était idiot, que j’étais fatiguée, trop de fièvre, trop de soleil, faudrait penser à mettre un chapeau, avance ma vieille, il reste trois rangées à faire.
Je tournais résolument le dos aux apparitions et je continuais à cueillir, je houspillais mentalement le très récent petit locataire dans mon ventre : des Playmobil franchement à ton âge, que t’es même pas né !
Je leur tournais le dos mais il en surgit un troisième à un mètre de moi, au milieu des petits pois.
C’en était trop ! Je lâchai mon panier et remontai en courant à la maison, terrorisée.
Il était midi de toutes façons, l’heure de préparer le repas.
J’étais dans la cuisine lorsque le frère de mon futur fils entra. Je lui racontai mes délires en riant beaucoup. Il riait avec moi mais me prit la casserole des mains : Kô tu devrais aller te reposer.
Je riais tout en parlant, et tout en riant je me mis à pleurer. Parce qu’un Playmobil se tenait insolemment debout dans l’évier.

 

24 octobre 2017

 

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