La nuit était comme un miroir, le givre comme des étoiles.
La maison n’était encore qu’une lumière posée sur le flanc de la montagne.
Ce n’était qu’un point incandescent, comme le rougeoiement d’une cigarette.
J’ai marché longtemps, sur le chemin seulement éclairé par l’éclat des pierres sous la lune.
J’ai marché longtemps.
La lumière était comme un îlot de chaleur, tremblante et fragile comme un astre.
Au détour du sentier, je l’ai perdue de vue.
Un nuage étirait son filet de nacre dans le ciel.
La nuit était comme un miroir, le givre comme des étoiles.
Puis la lumière a reparu. Plus proche, plus grande.
J’ai marché longtemps vers elle. Je la voyais comme un feu de joie au milieu d’un désert bleu.
Le bois est devenu plus dense, les arbres se sont resserrés.
Je n’ai plus rien vu de cette maison illuminée.
Un ruban de brume serpentait la vallée comme une large rivière de silence.
La nuit était comme un miroir, le givre comme des étoiles.
La lumière m’est enfin reparue.
Elle était une fenêtre. Une grande fenêtre éclairée.
J’entendais des rires et de la musique, j’imaginais une cheminée.
Je voyais la pierre des murs et je voyais la porte ouverte.
Alors je suis entrée.
La maison était déserte.
Pas de feu dans la cheminée.
Un silence unique, sans rires ni musique.
Ce silence de l’attente, à fond perdu.
Une ampoule nue pendait au plafond, lumière absurde et crue.
Et accroché au mur, un immense miroir.
Un miroir pour me regarder, la solitude en face.
Un miroir qui avalait la nuit.
Le givre comme des étoiles.  

 

1983

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