Connectés

Archives

Quinzième volet

Voyage…

J’veux du soleil

A l’image orpheline du premier clair-obscur
S’appliquer à survivre
Rester debout la vie
Je tiens à être heureuse
Méticuleusement
De ce soleil embryonnaire, j’ai une faim méthodique
Le sol râpe sous les pas
C’est de la poussière d’âme
La limaille irréelle  qu’il fallait abraser
Pour que le coeur prenne corps
Je revendique le droit
Au possible devenir   

14 août 2012

Tissu de vie

D’un côté la dérive de l’enfance aux arêtes vives
Murs de pensées dressés à l’aveugle
De l’autre une tendresse hâtive malgré soi
Dérive de mauvaise foi

D’un côté le faux-bond des précieuses ridicules
Illumination calfeutrée des maisons noires
De l’autre mes anonymes inquiets et rassurants
Mon énergie puisée à même Vous

D’un côté mon demain amputé de son rire
De l’autre, rien
j’ai perdu le fil

La vie la mort l’amour
La colère

Mais

D’un côté l’eau de l’aube et la rosée des palmes
Sable criblé de gouttes
La plénitude moire des lagunes
De l’autre tes ciels de bout du monde tendus de lumière
Et le fil d’une voix traversant les frontières
Permanence de ce que j’étais, je suis et je serai

Entre chaque distance
Ourlée de notes cicatrices
Une vie de bazin

 

6 août 2012

DomusVi

Apprends-moi à respirer
Je ne sais plus dormir
Nuits blanches aux malaises Damoclès
Comme un drap blanc où vibrent troubles
Cils de poussières
Silhouettes
Je les revois
Je les revis encore
Si patients
Fissurés
A l’heure d’avoir faim
Ils n’ont plus jamais faim
Le toujours debout aux 22 ans corsetés
La dame peinte abandonnée
Qui pleure d’oublier
L’homme à la chaise roulante qui dort en permanence
A l’ombre surchauffée des vaines pergolas
Par une fenêtre ouverte une plainte litanique et quasi rituelle
Elle ne souffre pas, elle est folle
Apprends-moi à respirer

Je ne sais plus dormir  

29 juillet 2012

Quel heur est-il ?

Quelqu’un a ouvert la fenêtre
L’air est entré
L’air est entré avec les camions et les motos
Et les mouettes aux cris de bébés hystériques
Et les voix comme des éclats de verre
Taillant saignant à vif ma nuit artificielle
Je voudrais pouvoir baisser le volume de la rue
Mais je ne télécommande rien
Les bruits ont pourtant chassé le thriller récurrent
Qui me laisse chaque matin un peu plus essoufflée
Rumeurs
C’est comme une vague qui me dépose
Sur le rivage laiteux du jour qui vient
Pas assez loin
Reste acide la douleur
Passerelle tendue entre les heures
Et les heures  

3 juillet 2012

Le galop océan

Musique hang drum et flûte de TUKAMAMA

Fermer les yeux pour s’isoler des compassions
mais la souffrance est crue
nue
exposée

On ne meurt pas de ce que j’ai
alors…

Chasser des cils les images interdites
la mémoire verrouillée
II pleut en biais à chaque battement

Laisser filtrer le mistral
la houle de ses crêtes
son souffle de ressac                

La lumière balaye ce qu’il reste de rivages
et l’ombre des nuages dévore l’horizon
Eclairière de vif-argent
Dans les crinières graminées
soulever sous les paupières
le galop océan du vent

 

23 mai 2012 texte et montage vidéo écrit et réalisé à la clinique entre deux injections de morphine…

Remise de peines

Un dragon kitsch* s’enroule, se déroule
Ondulation
Sur la céramique noire de mon bol

Je mettrai une maison plus autour
Avec du demain qui rentre par les fenêtres
Le tumulte rangé des batailles
Dans la remise
Tout au fond du secret jardin

Cascadent les chants d’eau
Des ruisseaux qui assaillent chaque pore de la terre

Laisser au bord des routes
Les parapets flanqués de bouquets de mémoire
Et léguer au brouillard la citadelle
Et tout ce qu’elle recèle de parfums de jasmin
Et de thé

Je suis riche héritière de l’aube et de son souffle

* C’est toujours kitch, les dragons 😉

3 mai 2012

Paru dans Incertain Regard n°8

Humilité

Il reste un peu de matin
Accroché bleu sur les épaules
De ta planète
Sa brume qui flotte
Ses îles soulevées
Qui n’auront plus d’îles
Que le nom éthéré
Dissipées dans l’exact contour des choses
Ce qu’il reste du matin ploie d’ombres absorbées
Résorbées, malléables
Il n’y a bientôt plus qu’un éclairage vertical
Une réalité crue à la lumière saignante
Comme une déflagration
Qui peut durer des âges
Et des âges  
De bel or tendre en fleur vermeil
Puis l’ombre reviendra
Je l’espère
Deviendra l’adouci
Qui manque aux certitudes
Tu diras je ne sais pas
Tu diras je ne sais plus
Et tu seras plus grand d’humanité alors
De savoir douter

28 avril 2012

Publié dans la revue Verso n° 160

Réverbération

Fil de verre de René Aubry

Une coque de bateau dévorée de reflets
Où danse la lumière ivre et lente
Et soyeuse
Du soleil dans l’eau qui me tient lieu de jour
Et d’encre

Tout est contenu là
Dans la lumière qui tangue
Une coque de bateau comme une page blanche
Et l’écriture de l’eau
Puisée à même la vie

Danse la lumière ivre et lente
Et soyeuse
Fleurs de mer épanouies
Puisées à même le port qui me tient lieu d’attache
amarre où s’ancre encore l’infime
Des cicatrices

Tout est contenu là
Dans la lumière froissée
Une coque de bateau comme une page noire
L’écriture de la lune
Puisée à même la vague

Léchée de lumière ivre et libre
Et rebelle
Comme des flammes puisées
A même les sources brunes
Une coque de bateau dévorée de reflets

25 avril 2012

 

Les amis de mon ado sont mes ados

Brosses a dents

Ils se sont éployés ailleurs
après avoir inachevé mon tôt-matin

Le calme enfin
Et le silence alors

Faire l’appel des absences
Toutes ces brosses à dents, oublis intentionnels
Coloré bouquet raide, pêle-mêle garde-à-vous
Ils reviendront
Dans 6 mois ? tout à l’heure ?

En attendant j’attends
Je suis à l’envers dans ma chemise
Les boutons dans le dos
Tu vas avoir un cadeau
Le présent de leurs voix

Leurs voix de vieux enfants
Donnent des coups d’épée dans l’eau
Au fond du verre
Il reste un peu de rires
Comme des éclaboussures

A l’extérieur de leurs écouteurs
C’était juste comme un insecte
Il grésillait dans l’air
Et je l’ai dans la tête

20 avril 2012

Défriche

Racines tenaces que les veines charrient
En déchirer la résille
Un soi filé
Emotter la glaise des mots tellement pétris
Eclater sur les murs le moule usé
Des paroles aux vers dépolis
Charivari d’écrits
Clones cursifs
Faire encre d’un désert
Aux origines blanchies comme des os
Plus apatride encore
Exhumer ce qui n’est pas
Je connais le rythme patient des dabas
Le geste qui défriche
Le travail de sape
C’est difficile

  

11 avril 2012  
Texte paru à La Cause Littéraire