Quinzième volet
Voyage…
Quel heur est-il ?
Quelqu’un a ouvert la fenêtre
L’air est entré
L’air est entré avec les camions et les motos
Et les mouettes aux cris de bébés hystériques
Et les voix comme des éclats de verre
Taillant saignant à vif ma nuit artificielle
Je voudrais pouvoir baisser le volume de la rue
Mais je ne télécommande rien
Les bruits ont pourtant chassé le thriller récurrent
Qui me laisse chaque matin un peu plus essoufflée
Rumeurs
C’est comme une vague qui me dépose
Sur le rivage laiteux du jour qui vient
Pas assez loin
Reste acide la douleur
Passerelle tendue entre les heures
Et les heures
3 juillet 2012
Le galop océan
Musique hang drum et flûte de TUKAMAMA
Fermer les yeux pour s’isoler des compassions
mais la souffrance est crue
nue
exposée
On ne meurt pas de ce que j’ai
alors…
Chasser des cils les images interdites
la mémoire verrouillée
II pleut en biais à chaque battement
Laisser filtrer le mistral
la houle de ses crêtes
son souffle de ressac
La lumière balaye ce qu’il reste de rivages
et l’ombre des nuages dévore l’horizon
Eclairière de vif-argent
Dans les crinières graminées
soulever sous les paupières
le galop océan du vent
23 mai 2012 texte et montage vidéo écrit et réalisé à la clinique entre deux injections de morphine…
Remise de peines
Un dragon kitsch* s’enroule, se déroule
Ondulation
Sur la céramique noire de mon bol
Je mettrai une maison plus autour
Avec du demain qui rentre par les fenêtres
Le tumulte rangé des batailles
Dans la remise
Tout au fond du secret jardin
Cascadent les chants d’eau
Des ruisseaux qui assaillent chaque pore de la terre
Laisser au bord des routes
Les parapets flanqués de bouquets de mémoire
Et léguer au brouillard la citadelle
Et tout ce qu’elle recèle de parfums de jasmin
Et de thé
Je suis riche héritière de l’aube et de son souffle
* C’est toujours kitch, les dragons 😉
3 mai 2012
Paru dans Incertain Regard n°8
Humilité
Il reste un peu de matin
Accroché bleu sur les épaules
De ta planète
Sa brume qui flotte
Ses îles soulevées
Qui n’auront plus d’îles
Que le nom éthéré
Dissipées dans l’exact contour des choses
Ce qu’il reste du matin ploie d’ombres absorbées
Résorbées, malléables
Il n’y a bientôt plus qu’un éclairage vertical
Une réalité crue à la lumière saignante
Comme une déflagration
Qui peut durer des âges
Et des âges
De bel or tendre en fleur vermeil
Puis l’ombre reviendra
Je l’espère
Deviendra l’adouci
Qui manque aux certitudes
Tu diras je ne sais pas
Tu diras je ne sais plus
Et tu seras plus grand d’humanité alors
De savoir douter
28 avril 2012
Publié dans la revue Verso n° 160
Réverbération
Fil de verre de René Aubry
Une coque de bateau dévorée de reflets
Où danse la lumière ivre et lente
Et soyeuse
Du soleil dans l’eau qui me tient lieu de jour
Et d’encre
Tout est contenu là
Dans la lumière qui tangue
Une coque de bateau comme une page blanche
Et l’écriture de l’eau
Puisée à même la vie
Danse la lumière ivre et lente
Et soyeuse
Fleurs de mer épanouies
Puisées à même le port qui me tient lieu d’attache
amarre où s’ancre encore l’infime
Des cicatrices
Tout est contenu là
Dans la lumière froissée
Une coque de bateau comme une page noire
L’écriture de la lune
Puisée à même la vague
Léchée de lumière ivre et libre
Et rebelle
Comme des flammes puisées
A même les sources brunes
Une coque de bateau dévorée de reflets
25 avril 2012
Les amis de mon ado sont mes ados

Ils se sont éployés ailleurs
après avoir inachevé mon tôt-matin
Le calme enfin
Et le silence alors
Faire l’appel des absences
Toutes ces brosses à dents, oublis intentionnels
Coloré bouquet raide, pêle-mêle garde-à-vous
Ils reviendront
Dans 6 mois ? tout à l’heure ?
En attendant j’attends
Je suis à l’envers dans ma chemise
Les boutons dans le dos
Tu vas avoir un cadeau
Le présent de leurs voix
Leurs voix de vieux enfants
Donnent des coups d’épée dans l’eau
Au fond du verre
Il reste un peu de rires
Comme des éclaboussures
A l’extérieur de leurs écouteurs
C’était juste comme un insecte
Il grésillait dans l’air
Et je l’ai dans la tête
20 avril 2012
Défriche
En déchirer la résille
Un soi filé
Emotter la glaise des mots tellement pétris
Eclater sur les murs le moule usé
Des paroles aux vers dépolis
Charivari d’écrits
Clones cursifs
Faire encre d’un désert
Aux origines blanchies comme des os
Plus apatride encore
Exhumer ce qui n’est pas
Je connais le rythme patient des dabas
Le geste qui défriche
Le travail de sape
C’est difficile
11 avril 2012
Texte paru à La Cause Littéraire
Une vie devant soi
Jeter les mots en bas des socles où ils étaient vissés
Travestis de silences comme une fêlure de voix
Les paroles s’échappent d’un trop plein de taire
C’est une plaie ouverte et joyeuse
Une trace de rigole
Un roulis-éboulis de pensées qui se cherchent
Où en étais-je, déjà ?
J’en étais au sens des aiguilles du temps
Aux adieux distillés comme un parfum de fleur
Finalement libérée, merci
Je laisse mes plumes là-bas
Et viens on y va, viens
On y va
Alors vas-y
Vacille
…
Et je pose mes pas sur des pages ouvertes
J’y mettrai des fenêtres coloriées lagon
Des empreintes de sel séché à ton soleil
Des reflets d’avenir
Ce sera juste moi, un peu dépossédée
Presque tue mais vivante
Une sorte de vie devant soi
7 avril 2012
Eternité
Musique de Voltene Sue
Quête ramifiée de chemins
Lignes d’un vivre comme je peux
Sur la paume de quelle main ?
Le ciel se propage
Chaque soir a son voile pourpre de soleil
Chaque aube sa traîne de nuit
Une éternité d’étoile mesurée à son seul écho
Cet éclat-là m’arrête
Je m’arrête à la plissure du vent
A peine un frémissement lisse de l’eau
Silence de mangrove peuplé d’oiseaux
Le ciel se propage
Sous l’aile d’ombre tendue
Je bute sur les pierres
Toutes ces pierres blanches
Qui ont marqué les jours
Et comblé les ornières
Le lit de mes torrents
Je passe à gué ma solitude
Le ciel se propage
Noces déployées d’hier et d’ailleurs mêlés
Et c’est encore demain
Et c’est déjà ici
Un enfant échappé d’on ne sait quelles frontières
Racle sur le trottoir les roues de son tricycle
L’étoile de son rire comme une éternité
Mesurée à son seul écho
4 avril 2012
Les fleurs de mars
Des grains de terre
Me coulent dans les chaussures
Quand les semelles ripent
Sur le chavire battu de vent
Et je claudique, tu vois
La pensée comme un pas à pas
C’est dans l’air du temps
Un parfum de prière
Aux églises sans parois
Il se dit des murmures
Des bourrasques de brise
Il bruine des pépites de grésil pétillant
Au soleil insolent une tombe frangée
De l’eau des pluies salées
Ainsi les giboulées déposent des fleurs de mars
Coquillages de collier au Terminal Départs
Kiss and Fly à perpétuité
Mars 2012
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