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Quinzième volet

Voyage…

La pose du port à cath

La pose d’un port à cath se fait habituellement en chirurgie ambulatoire, sauf si l’on est sous anti coagulants, ce qui est mon cas. J’ai donc été hospitalisée une nuit.
C’était hier 31 et aujourd’hui 1er septembre.

Ma chambre était pourtant réservée mais on me dit que je ne suis pas prévue au bloc pour le lendemain !
Pas de prise de sang prévue, pas de piqûre prévue…!
J’ai passé une nuit furieuse, incapable de me concentrer sur ma lecture tellement j’étais énervée.
Finalement on m’emmène bien au bloc le lendemain en fin de matinée.
Rester vigilante, je n’ai pas assez répété ces derniers jours, que tous les jours à tous points de vue, tout va de mieux en mieux.
Le bloc est glacial, on me met une couverture et le lit est chauffé.
Anesthésie générale.
« Vous allez dormir, madame, ça ne va pas durer longtemps ».
Attention vigilance : tous les jours à tous points de vue, tout va de mieux en mieux…zzzzz
« C’est fini Madame, tout s’est bien passé. »
Je suis réveillée par le brassard du tensiomètre qui me serre le bras toutes les deux minutes, puis trois, puis cinq.
Je pense encore tous les jours à tous points de vue et quand-est-ce qu’on mange ?

 

Programme

On décidera que la journée sera belle

On fera le plein de petites joies
On collectionnera les concerts
On engrangera les étoiles
On multipliera les amis autour des tables
On se nourrira de rires
On regardera passer les chevreuils

On accumulera vite, vite
les petits bonheurs

On décrétera que la vie est belle
même si on est traversé de lourds papillons noirs

Essayer de trouver assez de colère au fond de soi
pour ne pas se laisser faire

Pierres

On voudrait dormir
comme on prend l’eau
de toute part
brasse couler dans l’eau de la nuit
mais le plafonnier soudain aveuglant
et l’aiguille dans la peau

On voudrait écrire la lumière
ou la nuit ou encore les pierres
mais pas cette lumière-là
qui sourd de cette nuit-là
et pas cette pierre de plomb
organique et toxique

On voudrait écrire ce qui ne pèse pas

Ce peu d’oiseau

Nous l’avons trouvé au pied d’un arbre ou de plusieurs arbres dans la forêt, savoir duquel il était tombé de son nid ? Chauve et déplumé, et le bec grand ouvert. N’tioup, il disait. N’tioup n’tioup. C’est devenu son nom. On l’appelait N’Tioup N’Tioup Ce peu d’oiseau. Même quand il a grandi.
Je l’ai d’abord nourri avec une pipette, de la mie de pain trempée dans du lait, plus tard des mouches et des vers de terre.
Au début on ne savait pas trop ce que c’était, comme genre d’oiseau.
Quand il a commencé à avoir des plumes, elles étaient beiges, on nous a dit que c’était une grive. Plus tard on nous a dit que c’était peut-être une merlette. Ou une grive musicienne.
Les premiers temps, nous l’avions mis dans une cage à oiseau par terre (il ne volait pas encore) pour le mettre à l’abri des autres animaux, porte ouverte. Mais Minoussette la trois couleurs et Zimbabwe le fox-terrier n’ont jamais tenté le moindre coup de patte ni le moindre coup de dent. N’Tioup N’Tioup était tabou, c’était l’oiseau de la maison, point.

Or en grandissant, Ce peu d’oiseau s’est révélé être un merle, bien noir, avec le bec très jaune. Il a grandi entre les enceintes que nous avions sur un meuble de la cuisine, c’est là qu’il se perchait tous les soirs. Et il appréciait manifestement la musique. Particulièrement le reggae. Il a fait ses premières vocalises sur Bob Marley. Apprivoisé, il se perchait sur nos épaules, et nous suivait partout. Les merles sont de très bons imitateurs et je lui avais appris un chant d’oiseau d’Afrique.
Lorsque j’étais petite au Gabon, il y avait un oiseau qui chantait sur quatre notes Ré Si Ré Sol et mon père me disait à chaque fois : Tu entends ? Vive Port-Gentil ! C’étaient les paroles que mon père mettait sur les quatre notes de l’oiseau. Notes que je sifflais pour N’tioup N’tioup et Ce peu d’oiseau s’est mis à m’imiter et à siffler Vive Port-Gentil lui aussi.
Il devait nous prendre pour ses parents, il nous suivait partout, jusqu’en bas de la campagne. Il avait l’air de superviser notre travail. Les jours de préparation de marché, nous devions prendre la précaution de couvrir les piles de cagettes de tomates parce qu’il les piquait allègrement et les trouait.

En devenant adulte, son attitude envers nous changea. Pour lui, nous étions des merles, donc, à qui il devait disputer son territoire…
Il est devenu agressif, il fonçait sur nos têtes, griffait nos cheveux, on avait peur pour nos yeux ! Lorsque nous partions travailler dans les champs, il nous suivait, sautillait près de nos mains qui plantaient, suivait nos doigts le long du cordeau ou du sillon.
Mais lorsque nous remontions vers la maison, plus nous nous en approchions, plus il devenait belliqueux.
Lorsqu’il était dehors et que nous sortions de la maison, nous marchions précautionneusement pour ne pas faire de bruit et ne pas l’attirer. Mais il finissait invariablement par nous retrouver.

Un jour, j’étais dans un carré de petits pois que je binais, juste en dessous de la maison. N’Tioup N’Tioup est arrivé et m’a foncé sur la tête ! Par réflexe j’ai levé le bras devant moi pour protéger mes yeux, bras qui portait la binette et… j’ai flanqué le merle par terre ! Estourbi !
Oh mon N’Tioup N’Tioup ! Je me suis précipitée sur lui, il palpitait encore. Je l’ai pris dans mes mains, l’ai ramené dans la maison. Je l’ai remis dans la cage à oiseau de son enfance, porte ouverte. Je l’ai un peu veillé mais ça ne servait pas à grand-chose, il restait étourdi. Je suis retournée à mon travail.
Plus tard, lorsque je suis revenue à la maison, la cage était vide, le merle avait disparu ! Nous avons appelé, nous avons cherché partout, absolument partout ! Sous le lit, dans la salle de bain, derrière la porte, dans la grange, nous n’avons rien trouvé. Nous avons soupçonné Minoussette et Zimbabwe d’avoir profité de la faiblesse de l’oiseau mais nous aurions trouvé alors des plumes. Aucune plume nulle part.
N’Tioup N’Tioup était parti.

Dans cette bataille de territoire, j’avais gagné. Il était parti faire sa vie ailleurs et Ce peu d’oiseau en partant a laissé un trou immense dans notre vie. Nous avons guetté les chants de merles. Je crois bien — ou j’espère — avoir entendu un jour, loin, très loin de la ferme, quelque chose qui ressemblait à Vive Port-Gentil

 

À 3 h 30 de la nuit

Applaudissements nourris de la pluie
aux fenêtres et le vent fait des vagues
dans l’océan des canopées

Bain de lune pourtant
à travers une déchirure dans le ciel

Il a fait jour toute la nuit

Un camion sur la route
a fait une longue traînée mouillée
de bruit et de lumière

L’avant-pays

Là-bas c’était l’arrière-pays
vu d’ici c’était avant la mer

L’avant-pays de la mer

mais une mer sans plage
et sans parasol ni transat

Il fallait l’imaginer, en bas dans les champs
sertie dans l’écrin d’une forêt vert sombre Marquises
le pot de géraniums aux fleurs rouge hibiscus
Et le parfum des pétunias dans l’air à chaque tombée du soir

Sens, disait l’enfant, ça sent trop trop pical

Le gui doré pendu au bras d’un peuplier

À propos de « Quand c’était où c’était comment ? »

Joëlle Pétillot, poète et romancière a lu mon livre, et voici ce qu’elle écrit :

Quand c’était où, c’était comment ? Parce qu’en ces temps troublés, poser les bonnes questions s’impose.
Celle-ci est énoncée en titre d’un ouvrage de poésie de Colette Daviles- Estinès, paru aux éditions HENRY, dans la collection « La vie comme elle va.»
Et rien ne lui va mieux que cette collection-là.
Parce que ce livre-bijou, pour l’essentiel autobiographique, empreint d’une poésie constante, ne s’en tient pas là. Sont pris ici et là, dans son filet d’aiguë regardeuse, des papillons multicolores, graves, souriants, rebelles, carrément drôles (oh, les chroniques petzouilles, les mots de son fils alors petit, les êtres de rencontres, improbables parfois, les anecdotes drolatiques, mais ne nous leurrons pas, c’est toujours de la poésie brute) ou douloureux, en témoignent des souvenirs d’hôpital où ne rentre pas une once d’auto-apitoiement gluant, juste des choses vues, entendues, vécues. Et toujours, cet art de tordre les mots, ce sens de l’image vive, cet art de parole visuelle:
Chronique sur le Taïchi :
« …ou alors comme ce matin, j’oublie. Il était déjà lundi et demi quand j’ai réalisé que c’était le jour… »
Au Gabon, épisode de piscine scolaire
« Des enfants, dans le grand bassin comme dans le petit, il y en avait à peu près six au mètre carré. J’étais une timide maigrelette, je ne savais pas nager dans ce bain de bras et de jambes… »
Et soudain, la forme du poème en vers libre revient, et porte loin, comme dans
ce « extraite » qui tord le cœur

« Aujourd’hui est plus qu’un sursis/ Aujourd’hui est une vie graciée »
(…)
« Le soleil baigne encore ce piano quelque part/ Où je peinais mes notes. »
J’ai déjà dit, il y a longtemps, combien la poésie de Colette Daviles -Estinès tenait en grande partie sa lumière de ce qu’elle compte de déracinement. Ce sont souvent des mots d’exil : « Je me dévide de moi-même », écrit-elle. Il me semble que beaucoup de ses écrits relèvent de ce fil d’ariane, à emprunter d’urgence pour la suivre, entre Afrique et sud de la France, entre mer et volcan, entre ville (Cet épisode hilarant où le bruit de sa pile cardiaque intrigue et amuse une jeune passagère dans le bus !) et campagne, pour notre plus grand bonheur.
Il faut la quitter, à regret, sur cette belle déclaration qui clôture la totalité d’un ouvrage pluriel, où le sourire, le rire, la malice ont aussi leur place, et bien remplie.
« Il faudra bien qu’un jour j’épouse ma vie. De plain-pied, sans basculer en arrière. »
©Joëlle Pétillot

 

 

Les poupées vaudouces 2025

Chers tous
Mes voeux sous forme de poupées vaudouces. Ce sont toutes les poupées fabricolées en 2025.
Tous les jours à tous points de vue, tout va de mieux en mieux… s’il vous plaît, s’il vous plaît ! A qui je demande ça ? Je ne sais pas. Je demande ça à la vie, la vache, la belle vache vie, qu’elle arrête de nous cabosser.
S’il vous plaît, s’il vous plaît, prenez soin de vous !
 
 

 

Quand c’était où, c’était comment ?

Quand c’était où, c’était comment ?

La gestation a été longue mais le voici, mon dernier né !
Ce n’est pas de la poésie mais des petites chroniques d’enfance, de vie paysanne, en Afrique et ailleurs, tristes ou gaies, des histoires vraies !
Merci aux éditions Henry 
et à La rumeur libre éditions pour leur confiance !
Dans la collection La vie comme elle va des éditions Henry, il ne pouvait y avoir plus juste joli nom !