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Quinzième volet

Voyage…

Boussole

Je ne sais jamais où je vais
J’ai une drôle de façon d’habiter ma vie
toute d’écrit contenu
distraite, abstraite
absente
Me laisse traverser de pays perdus
dévorer de lumières barbelées
Aucun repère d’horaire et d’horizon
ne sais même pas vers quelle saison on va
Mais peu importe de savoir
quel jour on est sur la Terre
J’existe
et mon seul espace habitable
c’est toi

Les basses

Est-ce une musique ?
Trop forte et loin
trop forte et grave
Il faudrait pouvoir tisser les notes autour
en rapiécer la mélodie
mais ce que l’on entend cogne et cogne
et ça me fait cogner le cœur
Est-ce une musique ?
Ou est-ce mon cœur ?

26 janvier 2022

Le téléphone

Je ne peux plus lui téléphoner. Je n’y arrive plus. Elle se répète tellement…
Bien sûr c’est normal à son âge, de se répéter, d’oublier ce qu’elle m’a dit hier et avant-hier et avant avant-hier et tout à l’heure.
Invariablement, lorsque je l’appelle, elle me dit qu’elle pensait à moi, elle est justement en train de regarder une photo de nous en Nouvelle-Zélande. Je la crois sans peine, je sais qu’elle l’aime, cette photo. J’ai un an dans ses bras et mes frères sont à côté d’elle.
Et puis elle me dit Tu connaites la maman de Jackie ? (Je l’écris comme elle le prononce).
Ensuite elle dit Tu connaites Jackie et Georges ? et ça me terrifie.
Chaque jour, elle me pose les mêmes questions. Elle oublie peut-être à qui elle s’adresse, bien qu’elle reconnaisse ma voix tout de suite à chaque appel ?
La dernière fois, j’ai fini par lui répondre irritée, que non, je ne les connaissais pas. Elle m’a dit ah, tu ne t’appennes pas (traduction :tu ne te rappelles pas), tu étais trop pitite.
Je n’arrive plus à lui téléphoner. Je ne veux plus qu’elle me demande si je connais mes frères.

 

9 janvier 2022

 

Note de lectures

Et zut, je viens de terminer le livre que je lisais.
Je ne voulais pas le finir, je ne voulais pas qu’il se termine.
Je lis décidément trop vite. En voyant qu’il me restait peu de pages, j’avais essayé de ralentir ma lecture.
J’ai freiné tant que j’ai pu, regardé par la fenêtre, guetté le cri du chevreuil, lavé les tasses dans l’évier, grignoté un carré de chocolat, remis du bois dans le poêle, réveillé mon ordinateur, repris le livre.
Et je l’ai terminé.
Les personnages ne voulaient rien dire de plus, je me suis sentie abandonnée.
Tellement envie de leur dire de revenir, de continuer…
J’ai tourné la dernière page, tourné encore mais c’était la quatrième de couverture. J’ai fermé le livre, je l’ai rouvert au début, j’ai failli le recommencer, là tout de suite. La vaisselle était faite, la nuit était tombée depuis longtemps, le chevreuil non plus, ne voulait plus rien dire, j’ai grignoté un deuxième carré de chocolat, je le laissais fondre avec les derniers mots, les premiers mots, je ne sais plus.

J’ai pris un livre du même auteur et je lui dis merci d’avance.
J’ai remis du bois dans le poêle. Une flambée de gratitude.

9 décembre 2021

Ultra violette

C’était un moment particulier
aux confins de la solitude – toujours –
Lorsque tout paraissait étréci
et gris
et bouché
s’ouvrait un crépuscule plus vaste que le ciel
C’était un moment qui ne reviendrait pas
– on le croyait –
Il fallait le prendre avec sa couleur
ultra violette – une couleur qui n’existait pas
Il fallait le prendre avec son silence
ce silence aux pages sourdes
cette impatience
d’un lent demain
qui ne vient pas
Ce n’était pas un vrai silence
il y avait ces musiques qui résonnaient dans l’habitacle d’une voiture
– parce c’était toujours sur une route –
La vie galopait de l’autre côté de la vie
sur un cheval sans nom
Mais savoir où les enfants jouent
lorsque l’automne éteint tous les colorados ?

25 novembre 2021