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Quinzième volet

Voyage…

La fête du porc

La fête du porc

Poupée fabricolée à l’effigie de la susdite

Ce week-end j’ai vu Anita.
Anita est mon amie depuis longtemps.
Nous n’avons pas élevé les cochons ensemble mais presque…
Elle se prépare à faire son bois pour l’hiver.
Elle a changé la bougie de sa tronçonneuse.
Elle a démonté, nettoyé et remonté le carbu, tiré sur le lanceur.
Sa Stihl démarre au quart de tour et ne tousse plus.
Satisfaite, elle arrête le moteur et s’apprête à affûter la chaîne de la tronço.
– Tu vas aller à la fête du porc ? C’est bientôt, non ? Me dit-elle entre deux coups de lime.
– La fête du porc ? Où ça ?
– Ben à Nice.
– Non ? Qu’est-ce que tu racontes ?
– Tu ne connais pas ? C’est le comble, c’est moi qui t’apprends ce qui se passe à Nice ! C’est qui, qui habite en ville maintenant ?
Il paraît que c’est bien. C’est Yann qui m’en a parlé, il y va tous les ans.
– …
– Pourquoi tu me regardes comme ça ?
– …
– Pourquoi tu rigoles ?
– La fête du porc à Nice… ! Tu vas y aller, toi ?
– Oh tu sais, moi, descendre à Nice…
– Mais c’est quand ?
– Je ne sais plus ce qu’il m’a dit, septembre ou octobre, je crois.
– Mais c’est pas trop tôt ?
– Qu’est-ce qui est trop tôt ?
– Mais la fête du porc… On ne tue pas les cochons en septembre ou octobre. A Nice, en plus !
– P.O.R.T. le port, espèce de plouc !

4 septembre 2011

Le vent

Corridor léger où s’engouffre l’automne
Et c’est comme une flambée dans l’ivre de l’instant
C’est la même musique
Une bourrasque de feuilles
Comme jupe qui bruisse
Dans le geste fugace et flamenco du vent

31 novembre 2014

Le poème emporté

Mouettes par poignées

échappées            main du vent

Embruns de plumes et

soudain plus  

Le ressac a brassé tout l’alphabet d’écume

Les oiseaux          mots                     dispersés

c’est comme ça que tu  

          combler          silences blancs

    souffle              aux nuages

Océan ciel

            loin               loin

leurs cris                     ta voix

23 novembre 2014
Extrait de L’or saisons aux Editions Tipaza

Train de nuit

Train de nuit

La voie ferrée longeait la route
Que le fleuve bordait
Le tunnel de la nuit toussait des lampadaires
Des chapelets de phares
Des serpentins de feux
Des quais désaffectés mais noyés de lumière
Le fleuve, on ne le voyait pas
Mais on le savait là
Ce néant fluide entre deux rives
Pénombre capitonnée qui ne toussait rien

16 novembre 2014
Publié à La Barbacane n°99

Au soleil d’un dimanche

Le soleil coule encore à travers soir
C’est une lumière fluide qui circule entre nous
A l’intérieur de nous, peut-être
Je cueille l’épars des rires
 –  miettes de chaleur  –
J’en aurai besoin plus tard
                           Plus loin
                           Plus seule
J’en ferai des mots à donner aux oiseaux
Une route pour revenir

2 novembre 2014

Les îles du matin

Petite histoire offerte à mon fils pour son 7ème Noël  

 

 

Les ïles du matin

Quand maman est venue me dire bonne nuit hier soir, dans ma chambre, je ne savais pas encore que j’allais vivre une drôle d’aventure avec Chouchou.
Les îles du matin
Chouchou, c’est mon Chouchou. Il est toujours avec moi quand je dors,  mais aussi quand je voyage. Chouchou c’est le plus beau. Enfin presque… Il est un peu déchiré, en ce moment. Il est aussi moins rouge qu’avant. 
Les îles du matin
Maman l’a souvent recousu. Mais le dernier tissu en pagne qu’elle lui avait mis est tout en lambeaux, maintenant. Tant pis, je l’aime quand même.     – Bonne nuit Kin, dit maman, et bonne nuit Chouchou. Oh ben dis donc, il aurait bien besoin d’être recousu, ce pauvre Chouchou !
On s’est fait des bisous et maman a éteint la lumière. Je me suis endormi.
Les îles du matin
Tout d’un coup, Chouchou me réveille :   
   – Kin ! Kin ! Viens voir !
J’ouvre les yeux et je vois qu’il fait presque jour. Chouchou me montre la fenêtre. Je regarde dehors. Je vois une mer de nuages. Comme quand on va à l’école, certains matins: la brume envahit toute la vallée, et ce qui est beau, c’est qu’on voit juste les sommets des montagnes. On dirait des îles.
Les îles du matin
Après, quand le temps passe, la brume disparaît, les îles du matin redeviennent des montagnes. Là, c’est l’heure des îles du matin. Et Chouchou me tire par la manche.   
   – Viens ! On peut marcher sur les nuages ! me dit-il.
Alors  on sort par la fenêtre et c’est bien, de marcher sur la brume. 
Les îles du matin
Le soleil apparaît et se met à rouler sur les nuages, entre les îles du matin. Je me rends compte soudain que le soleil est un ballon. Et derrière ce ballon, un enfant noir court, il pousse le soleil-ballon avec son pied. Puis il shoote dedans et le soleil va se poser dans le ciel.
Les îles du matin
L’enfant s’approche de moi et me fait un grand sourire.   
   – Bonjour, je m’appelle Soumaré.   
   – Moi c’est Kin et lui c’est Chouchou.
Soumaré a un boubou bleu et un bâton sur les épaules, comme en ont les bergers Peuls.   
   – J’ai l’impression de t’avoir déjà vu, dis-je.   
   – Peut-être… Est-ce que tu le reconnais, lui ? 
Les îles du matin
C’est alors qu’un lion apparait et je reconnais le lionceau avec lequel je jouais quand j’étais tout petit. Je range prudemment Chouchou sous mon tee-shirt parce que la première petite déchirure, c’est sans doute le lion qui l’avait faite. 
Les îles du matin
Ensuite on se met à jouer, Soumaré, le lion et moi. Soumaré m’offre des  dattes à manger et comme on a soif, il nous emmène au bord du fleuve. Je me penche au dessus de l’eau et brusquement, le fleuve change de couleur. Il devient un océan, avec une eau bleue et transparente, et j’ai du sable fin sous mes pieds ! 
Les îles du matin
   – Chouchou! On est à Moorea !
Chouchou est tellement content qu’il danse déjà le tamouré. Moi, je cherche Soumaré et le lion mais ils ne sont plus là. C’est un enfant tahitien qui se tient à mes côtés.   
   – Bonjour, je suis Teiki.   
   – Bonjour, moi c’est Kin, et lui, Chouchou.   
   – Tu ne te rappelles pas, dit Teiki, qu’on s’est baigné un  jour ensemble ? Viens, retournons à l’eau.
On court en riant dans le lagon, et Chouchou boude un peu sur la plage, parce que lui, il n’aime pas trop se mouiller. Teiki plonge au fond de l’eau et remonte une huître à la surface. Dans l’huître, il y a une perle noire.   
   – Regarde-là de plus près, me dit Teiki.
Je prends Chouchou dans mes bras pour qu’il la regarde aussi, et on met le nez dessus. Tellement près qu’on se voit dedans. La perle brille comme un soleil, elle devient grosse, plus grosse encore, puis toute blanche, éblouissante comme une boule de neige. C’est une boule de neige !
Les îles du matin
Teiki et le lagon ont disparu. La plage de sable blanc s’est transformée en une immense étendue de neige.   
   – On est au pôle- Nord ! Crie Chouchou.
On voit alors arriver un petit esquimau sur un traineau tiré par des chiens.
Les îles du matin
    – Bonjour, je m’appelle Inouk.   
    – Bonjour, moi c’est Kin et lui, Chouchou.
J’étais déjà allé en Afrique et à Tahiti, mais au Pôle- Nord, jamais ! Je me demande si j’ai déjà eu un copain esquimau.    
    – Je te connais ? dis-je à Inouk.    
    – Non, pas encore. Mais peut-être qu’on se connaitra, si tu en as envie.    
    – Oh oui, j’ai envie !    
    – Alors viens, je t’invite dans mon igloo.  
Chouchou et moi, on monte sur le traineau avec Inouk, et on est tout content ! Mais la neige redevient brume, Inouk, le traineau et les chiens fondent au soleil qui roule sur les nuages.
Les îles du matin
Devant nous, une eau lisse et verte. Les îles du matin ont pris une autre forme, elles sont toutes pointues. Je reconnais alors un paysage du Vietnam que j’avais vu en carte postale.   
    – On est dans la baie d’Along ?!   
    – C’est ça, dit une voix d’enfant derrière nous.
C’est une petite fille aux yeux bridés qui nous regarde, du haut de sa maison sur pilotis. Elle nous invite à grimper.
Les îles du matin
     – Bonjour, je m’appelle Tiang.   
     – Moi c’est Kin, et lui, Chouchou.   
     – Je suis entrain de manger, dit Tiang, as-tu faim ?   
     – Oh oui !
Elle me tend un bol de riz, et je suis très embarrassé car elle me tend aussi une paire de baguettes, et je regrette alors de ne pas m’être entrainé plus, à la maison. Je suis un peu maladroit pour manger avec des baguettes.   
     – Mange avec tes doigts, dit une voix.
Je lève la tête et m’aperçois avec surprise que Tiang n’est plus là. C’est une autre petite fille en face de moi. Aussi brune que Tiang, mais avec une natte très très longue.
Les îles du matin
Je ne suis plus dans la maison sur pilotis.   
     – Mais qui es-tu ?   
     – Je m’appelle Vasanthi.   
     – Oh! Comme ma cousine !   
     – Ta cousine est indienne ?
Je comprends alors que cette fois-ci, je suis au pays de Mowgli. 
Les îles du matin
     – Moi c’est Kin, et lui, Chouchou. Dis, c’est vrai qu’ici        on peut monter sur le dos des éléphants ?    
     – Mais oui, dit Vasanthi, demain je t’emmènerai. Mais c’est l’heure de dormir, maintenant. Allonge toi sur la natte.
C’est vrai que j’ai drôlement sommeil ! Je me couche sur la natte avec Chouchou, tout heureux à l’idée d’aller me promener sur un éléphant. Et je m’endors d’un coup.  
     – C’est l’heure, Kin, dit Vasanthi.
Les îles du matin
Je me réveille, mais je suis dans mon lit et c’est la voix de maman. Chouchou est tout contre moi, tout bien recousu avec un nouveau tissu.   
     – Oh maman! Chouchou, il est en paréo !   
     – Eh oui ! Je l’ai rhabillé pendant que tu dormais.
Je regarde maman d’un drôle d’air. Je suis très déçu de n’avoir vécu qu’un rêve. Je regrette mes amis, le lion, le traineau tiré par les chiens, l’éléphant… Je regarde Chouchou qui fait semblant de dormir.
Les îles du matin
      – Dis, Chouchou! C’était pas un rêve ?
Mais Chouchou ne dit rien. Peut-être qu’il boude un peu aussi. Je prends mon petit-déjeuner,  je me lave, je m’habille comme tous les matins, mais j’ai encore la tête dans les nuages. Je n’arrive pas à croire que ça n’était qu’un rêve. J’ai envie de retrouver Teiki, Vasanthi, Soumaré, Inouk et Tiang.
Et s’ils existaient pour de vrai, quand même ?… Et moi qui n’ai pas eu le temps de leur dire de venir chez moi, eux qui m’avaient invité dans leur pays ! Comme j’aimerais les revoir !
Les îles du matin
Sur la route de l’école, il fait un peu sombre parce que c’est bientôt l’hiver. Le jour se lève à peine, et je vois la mer de brume. Et je vois le soleil rouler sur les nuages entre les îles du matin. Et Chouchou est en paréo…
Les îles du matin
Novembre 1999