Quinzième volet
Voyage…
Spleen
La nuit se griffe aux feux
des Noëls de magasin.
J’irai marcher
d’une flaque d’ombre à l’autre.
J’irai noyer mon spleen
aux reflets des solitudes anonymes.
Puis le jour se lèvera
finalement,
une lune accrochée aux commissures du ciel.
Et je respirerai l’air
du large que j’ai pris,
comme tu dis.
L’hiver autour du cou,
mon insomnie en bandoulière.
Décembre 2010
La vie m’apporte vous
Elle trace des courbes et des lignes brisées
sous mes pas, sur mes mains.
Elle dessine des traits sur mon visage,
elle me défigure.
Elle fait de mes rêves des volutes de fumée.
Elle met des passerelles au Hasard
qui n’en est plus un.
Elle créé des mirages d’eau
sur les routes de mon enfance,
elle est Soif.
Elle fait des embardées, des virages, des rivages,
elle fait l’Impasse.
Elle déchausse les certitudes,
elle bée des plaies géantes
qu’elle peuple d’absences.
Elle fait des pluies même quand il ne pleut pas.
Mais,
elle est généreuse
quand elle cesse le feu.
Elle prodigue des moments comme ça,
où l’on aimerait pouvoir rester encore un peu,
au chaud des rires magnifiques,
au chaud de Vous:
« Il est bien que tu commences sans,
nous on est là »*
Je funambule sur le fil tendu de ces mots,
je ne tomberai pas.
*Message reçu de mes amis, après lecture de mon texte Calcul mental.
2010
Calcul mental
J’additionne les étoiles,
les voeux qui vont avec,
les ronds de lune dans l’eau
et le matin.
Je soustrais 40 rangées de haricots
sous la pluie, le chagrin.
Je pose un
et je me retiens
à toutes ces épaules solides,
ça fait tout.
J’additionne les rires, les verres et la musique,
j’enlève la solitude de nos dimanches soirs
quand le silence revient.
Je pose un
et je retiens bien :
les pizzas dans le four,
la guitare de Sylvain
et l’aube qui nous cueille tous encore debout.
J’additionne les matelas partout,
demain c’est maintenant,
le regard de mes chiens.
Toi ôté de Nous
je retiens tout,
ça fait sans.
Décembre 2010
Paru dans la revue Comme en poésie et sur La toile de l’un
La passagère
Poser un regard étranger sur ma vie.
Je serai toujours la passagère.
Je voudrais rester en transit,
prête à l’embarquement immédiat.
En attendant mon Air Peut-être,
rester spectatrice, touriste, résidence secondaire,
sur/vivre à ce paysage-là.
Trouver pittoresque ce ciel vertical
époustouflant de noirceur
entre les horizons cubiques de béton.
Trouver du charme à cette foule
de solitudes mêlées.
Je suis en vacance,
je passe mon chemin,
je ne m’habite pas.
Une cime de ciment à ma fenêtre,
qui ne change pas de lumière au fil des heures,
qui ne change pas de couleur au fil du temps,
pas de rousseur d’automne ni de blancheur d’hiver.
Vous êtes priés de ne pas craquer
jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil.
Gaz échappés des fleuves d’asphalte.
Du goudron, du goudron
du goudron et ma plume.
2010
Paru dans Lichen n°3
Les amours off
Tu seras l’improbable issue,
possible chagrin tu seras.
Je suis une forteresse d’exil,
une expatriée de mon moi.
Le doute est ma seule certitude,
j’ai froid j’ai peur
d’être inapte à savoir aimer.
Je suis la dévastée
comme un brûlis de terre truffière
où l’or est noir
mais noir est l’or.
Je ne sais rien oublier,
ce bras de mer qui se perd
où se noyaient les amours off.
J’ai froid j’ai peur
d’être inapte à savoir désir.
Tu seras l’improbable issue,
possible chagrin tu seras.
2010
Sur le trottoir d’en face
Elle habite un carré de soleil
sur le trottoir d’en face.
Passent les indifférences,
les pas soudain plus pressés,
les ostensibles coups d’oeil,
une montre fictive au poignet.
Elle leur invente des urgences,
des retards à un rendez-vous,
elle que personne n’attend jamais.
Elle est l’ivraie de leur bitume,
elle dérègle, elle désordonne,
elle égratigne leur journée.
Elle colporte sa solitude, sa dignité,
son chagrin soluble,
noyé.
2010
Galet
Le poids d’un galet dans le ventre.
Il vaut son pesant.
Avancer sur la grève.
J’ai dit galet,
j’ai pas dit pavé,
tout de suite, tu déformes.
Avancer, donc.
Et ne pas dévisager
les passagers de cet instant.
Jamais.
Si tu poses ton regard sur eux,
ils se retournent.
J’ai senti son regard posé et je me suis retournée.
Fallait pas.
Jongler entre deux noms.
Il a raison, c’est moi que je fuis.
C’est compliqué, des fois j’oublie.
Je crois être celle-ci
mais je suis l’autre.
Je ne sais plus qui est.
L’intermittente.
Je clignote.
Je marchais en plein milieu de la rue,
mes amitiés ont rigolé :
tu te crois en transhumance ?
Je ne crois pas, je suis.
Je transhume mon identité,
mes plages, mes lunes,
mon galet dans le ventre.
Il vaut son pesant.
2010
Les soleils barbelés
Lâche la hampe de ce drapeau d’orages.
Laisse mourir les vagues
doucement.
Laisse les effacer nos pas
dans le chuintement du sable.
Il est trop tard pour te pencher
sur mes cris d’encre et de papier.
Juste des vers à soi
rien que pour moi.
Un nouveau masque,
une autre plume.
J’ai encore quelques souvenirs
du plomb des soleils barbelés.
2010
Je déambus ligne 7

Je prends le bus,
une façon de me déserter.
Je déambule dans mes pensées,
je déambus ligne 7.
Et j’écris.
Quand j’écris je me fuis.
J’écris dans les pages janvier février
de mon agenda acheté en mars,
je traque les mots,
je couche sur le papier
des pattes de mouche illisibles.
Plus tard je ne saurai pas me relire,
il me faudra me déchiffrer,
il me faudra me retrouver,
c’était bien la peine de me fuir !
Au terminus je descends.
Echec de ma désertion.
Je remonte dans le bus,
je repars dans l’autre sens.
Trouver un autre sens
à tout ça.
Septembre 2010
Latérite
Faire le bilan de la démesure.
Ce n’était pas si grave
n’est-ce pas?
Si flamboyant non plus.
Tôle ondulée,
latence du chaos.
Latérite.
Amertume en gestation.
Des ratures en devenir.
2010
Commentaires récents