Quinzième volet
Voyage…
Y a pas de quoi en faire une maladie
Même pas surprise. Le pré-senti.
L’évidence.
L’évidence me donnait un sourire larmoyant.
sur le dallage de la salle d’attente.
Le mot cancer martèle, martèle dans mes tempes.
Capricorne ascendant cancer. Ah ah !
Je hais la dictature de la pensée.
Je suis sûre qu’il y a un pourquoi et je refuse tous les parce que.
Et pourtant je suis si fatiguée…
Et pourtant je ne l’étais pas !
Et pourtant…
Une déchirure affective me rend bien plus effondrée
que mes histoires de santé.
je suis atteinte des deux côtés.
Tout en même temps comme ça, c’est fait…
Je leur ai dit que je supposais que ça ne faisait que commencer.
Ils n’ont rien répondu.
Mais au réveil j’étais si fatiguée que j’en ai oublié d’être soulagée.
Quand j’oublie…
J’ai trouvé nodule et micro-calcification.
Et j’ai effacé l’historique pour que mon fils ne le voie pas.
Mais il sait que ce n’est pas si grave que ça.
Je ne suis tellement pas seule à devoir vivre cette galère.
Je ne serai tellement pas la seule à m’en sortir.
Je suis dans les statistiques.
Il m’a promis que je ne serai pas trop fatiguée avec la chimio.
Il m’a promis aussi que je perdrai mes cheveux.
La perruque se vend sur ordonnance !
…
C’est un cauchemar.
derrière son aquarium stérile…
Il a l’air de danser avec ses sachets de perf au bout des bras.
Ses sachets de poison.
Une enfilade de fauteuils, et nous
nous attendons notre dose de poison.
Je n’ai pas envie de parler avec les autres.
Juste, cette dame là, elle me plaît.
Je ne sais pas pourquoi, elle me fait penser à ma mère.
J’imagine que ma mère avait le même courage,
le même genre de sourire tout doux,
le genre qui s’excuse de donner du travail aux infirmières.
Elle est terriblement laide, elle en est attendrissante.
Elle est à moitié aveugle, ça donne à son regard une intensité de petite fille perdue.
Elle est avec son frère, un vieux monsieur très tendre avec elle.
Ils sont touchants, tous les deux.
C’est la mère qui est atteinte.
Sa fille n’arrive pas à cacher son angoisse.
Mais la mère lui sourit dès qu’elle croise le regard de sa fille.
Un sourire pour rassurer.
Je n’ai pratiquement vu que des gens courageux et dignes.
Plus c’est grave, plus ils assurent…
Pourtant je n’arrive pas toujours à tout relativiser, ne pas m’inquiéter pour des petits riens.
Elaguer les angoisses.
Ecrit par bribes tout au long de la si longue année 2005
De mémoire
Deux nouvelles absences quelque part où je ne suis pas
En Afrique on aurait dit que deux livres ont brulé
Deux mémoires éteintes
La mienne ravivée
La route
Une épingle
Dans les cheveux du givre
Brume haleine des prés
Arbres et torrent au pailleté de cristal
Comme carte de vœux qu’ils ne recevront pas
Un lavis de fumée dans la mémoire du ciel
Le lent
Trop lent tempo
Du clocher
17 octobre 2014
Le temps se lève
Les nuages replient la traîne de leurs ombres
Sur l’asphalte une flaque sèche
D’un blanc étourdissant
C’est à se prendre les pieds dans la lumière
9 octobre 2014
Publié dans la revue Nouveaux Délits n° 50
et in L’or saisons aux éditions Tipaza (2018)
Pause-café
Le ventilateur ne brasse que la lumière
Et les volutes d’un air de saxo dans la rue
Peut-on parler d’absence ?
L’impression à ce point
D’être ployée toute
Vers toi
C’est presque vrai que l’on est bien
Sous l’ajour des dernières frondaisons de l’été
1er octobre 2014
Oraison
Une fois désossées les choses
Que l’on se bavarde seul
Dans la tête
Que reste-t-il
De tous ces mots que l’on rature
De toutes ces froissures dans nos états de l’âme ?
A peine formulée
Toi et Toi
Flammes follettes
22 septembre 2014
Trio
Il est des silences précipités que rien n’arase
La lumière me tient en joue
Rémanente, chargée de joie
Je ne bouge plus
Réfugiée dans cette part d’exil qui est tienne
Attablés tous les trois
Ton silence, la lumière et moi
7 septembre 2014
L’arbre du voyageur
Flamboyant
Australe
Du recueil Allant vers et autres escales aux Editions de l’Aigrette
Extérieur jour créole
Extérieur jour
Cités éclaboussées de fresques
Couleurs sauvages
Fleurs de temple au cordeau comme des psalmodies
Dentelles de métal sous le toit des varangues
Le brouillard a dressé un mur de ciel blanc
Derrière les tamarins
Je récite
Les galets secs de la rivière
Les oiseaux de l’aéroport
Les récite par cœur pour ne pas oublier
29 juillet 2014
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