Connectés

Archives

Quinzième volet

Voyage…

La maison bleue

La maison bleue from komêo on Vimeo.

J’avais une maison en pierres,
la montagne devant les fenêtres,
trois chiens accolés à mes pas.
J’avais des bouquets de bambous
dans la neige de mes hivers,
un poêle à bois.
 
J’avais une maison ouverte
à tous les vents de bienvenue,
une grande table et des bancs,
des amis autour et dessus.
 
J’avais des étés de pleines lunes,
la bonne odeur des figuiers,
reflets de fête dans le bassin,
guitares, percussions et piano.
 
J’ai laissé la maison en pierres,
la montagne et les fenêtres,
mes chiens accolés à tes pas,
les bambous, la neige de l’hiver,
le poêle à bois.
J’ai laissé la lune, le piano,
le parfum de figuier l’été,
les percus, le bassin et l’eau.
 
J’ai emporté dans mes bagages
un petit peu de nostalgie.
J’ai gardé pêle-mêle et en vrac des belles images, et les amis.

2010

Pluie des mangues

Il pleut des chagrins dilués,
des larmes salées,
des rapides du Djoué.
Il pleut des mangues
aux joues découpées
en petits carrés.
Il pleut des brumes dorées,
des aubes parfumées,
des cigales d’été.
Il pleut nos enfances noyées,
des cauris divinatoires,
dis-moi qui je serai.
Tout se mélange dans ma tête.
Nour el ayat et Boukoki,
Treichville et le Cap Estérias,
le téton de l’Arpille,
la Promenade des Anglais.
Pfff…
Il pleut sur Hôpital-Silence.  

2010

Tournesols

J’écris les îles du matin,
cette mer de brume en écharpe
autour des sommets lumineux,
j’écris les rivières de nuages,
j’écris le vent.
 
C’est comme si tu m’ avais repris,
tous ces bouquets offerts cueillis.
C’est comme si tu avais pillé
les souvenirs de nos fêtes,
l’aube des Toujours, ma vie.
 
Moi je te rends le diadème
en pacotille de tes serments,
les colifichets d’amourettes,
des pendeloques aux oreillettes,
tambour battant.
 
Pardon, j’écris nos continents,
nos désillusions démasquées
mes ressentiments sans pudeur,
c’est comme si je déshabillais
ta solitude.
 
J’imagine la vitre embuée,
la vue sur la première gelée,
l’odeur amère du poêle éteint,
la vue sur les soleils fanés leurs pétales de soie froissée.  

2010

Arythmie blues

Ceux qui me connaissent comprendront…   

                                            
Voici mon métronome interne
ma tachycardiatonique
Voici le battement Heart-Rock
de mon cœur cousu
Je n’ai jamais été très rock
toujours à côté du tempo
Je t’offre le dialogue
du tam et du tam
mon insomnie à cœur ouvert
le temps qui passe
Je t’offre la mesure
de mes secondes intermittentes
Quelle heure est-elle ?  

2010

Rat dégoût

Y a des gens qui marchent sur ma tête,
et des lunes électriques fichées sur des poteaux.
Des voitures se garent devant chez moi
mais personne ne vient.
D’ailleurs je n’ai plus
un seul chien qui aboie.
J’ai maintenant une clef
pour ouvrir ou fermer
mon accueil battant,
mon accueil béant,
ma porte ne bée plus.
Tu es devenu hier,
il me faudra du temps
pour ne pas te réveiller, déchirure.  

2010

Le miroir de givre

La nuit était comme un miroir, le givre comme des étoiles.
La maison n’était encore qu’une lumière posée sur le flanc de la montagne.
Ce n’était qu’un point incandescent, comme le rougeoiement d’une cigarette.
J’ai marché longtemps, sur le chemin seulement éclairé par l’éclat des pierres sous la lune.
J’ai marché longtemps.
La lumière était comme un îlot de chaleur, tremblante et fragile comme un astre.
Au détour du sentier, je l’ai perdue de vue.
Un nuage étirait son filet de nacre dans le ciel.
La nuit était comme un miroir, le givre comme des étoiles.
Puis la lumière a reparu. Plus proche, plus grande.
J’ai marché longtemps vers elle. Je la voyais comme un feu de joie au milieu d’un désert bleu.
Le bois est devenu plus dense, les arbres se sont resserrés.
Je n’ai plus rien vu de cette maison illuminée.
Un ruban de brume serpentait la vallée comme une large rivière de silence.
La nuit était comme un miroir, le givre comme des étoiles.
La lumière m’est enfin reparue.
Elle était une fenêtre. Une grande fenêtre éclairée.
J’entendais des rires et de la musique, j’imaginais une cheminée.
Je voyais la pierre des murs et je voyais la porte ouverte.
Alors je suis entrée.
La maison était déserte.
Pas de feu dans la cheminée.
Un silence unique, sans rires ni musique.
Ce silence de l’attente, à fond perdu.
Une ampoule nue pendait au plafond, lumière absurde et crue.
Et accroché au mur, un immense miroir.
Un miroir pour me regarder, la solitude en face.
Un miroir qui avalait la nuit.
Le givre comme des étoiles.  

 

1983

Au temps d’encoches

Je me souviens de cette amitié Tchad
qui préféra noyer dans le Chari
le secret de son ventre d’enfant-femme.
Je me souviens de la route Léon M’ba
et de ce chien qui a traversé,
cet amour aux 15 ans solaires achevés là.
Je me souviens Maya- Maya
qui emportaient nos serments,
décollage imminent.
Autant d’encoches taillées
sur l’écorce de ma vie,
je ne vous ai jamais oubliés.
Le sourire d’Awa domine.
 

1990