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Quinzième volet

Voyage…

Rosée blanche

Un chemin de pensées à la périphérie de la mémoire
comme les traces de sangliers à l’extérieur des clôtures
tout du long

Tout du long
la rosée blanche à la lisière
l’orée de l’hiver

C’était déjà de la distance

l’hiver
la rosée blanche
et la transparence parfumée
des derniers fruits

C’était de la distance
mais pas assez

pas assez loin
la bauge où fouir ce qui ne reste pas
à l’extérieur, à la lisière
à quand l’aube ?

Un chemin de pensées à la périphérie de la mémoire
comme les traces de sangliers à l’extérieur des clôtures
tout du long

19 août 2011

Extrait de L’or saisons aux éditions Tipaza

Les accus

J’ai placé la barre haut
J’ai cumulé des notes salées
A pour La
C comme Chute à plat Do
J’ai cumulé des hivers aux murs de chaux
Des nuits d’effraies l’été
Saisons de pluies des mangues âpres
J’ai cumulé des points de fuite
Transgabon, disait mon frère
fait escale à Oyem
Bitam Mitzic Makokou New-York
Et je le croyais
Tiaré/kérosène l’odeur du dernier tarmac
Je me suis nourrie de soleils culminants
J’ai bientôt épuisé mes réserves d’opales
Souvenirs iridescents irradient
Comme les ronds dans l’eau vont en s’élargissant
Mer étale
Jusqu’à quel point de non-retour
écrire me recharge ?
La nuit a passé
Je l’ai accomplie
Je l’ai contenue toute
Je m’en suis acquittée
Une nuit de plus à mon passif
Inutiles attentes incluses
La lune est pleine sur calendrier
Et le matin déjà, machinalement
S’ébruite

Août 2011

In L’or saisons aux Editions Tipaza (2018)

Faim du monde

Je rêverais un pays de vent et de plateau
Haut
Un demain d’ambre et d’argile
Modelé à l’image d’un ciel sans pliure
Viendrait le temps du sable
Le temps des pierres
Des ombres sans humanité
Mais un feu vivant de sa propre lumière
Où me réchauffer
Un silence sans murmure, sans voix
Sans écho
Déconnecté
Je n’arriverais pas au bout des chemins offerts
Mais seuls importeraient la marche et le souffle
Parce que j’aurais le temps
Le temps du sable, le temps des pierres
D’un monde je serais la mémoire et l’oubli
La seule âme qui vive
Je rêverais minérale
Et j’aurais dans les mains la sépulture de Rien
L’infini bleu
Je n’en verrais pas la faim

Août 2011

Aujourd’hui

Aujourd’hui
J’ai essayé un nouveau jour
J’ai essayé de perdre le fil
Consciencieusement
J’ai noué des trames sans liens apparents
J’ai métissé nos anciens futurs
Et ça ne ressemblait plus à rien
C’était parfait
Une plume de mouette sur le trottoir
C’était joli à ramasser

Août 2011

Il est tard tôt

De la rouille déjà au flanc d’une carène
Patiemment sabordée, trace subliminale
Alhen sur le sable et l’eau prémonitoire
A la première marée tout allait s’effacer
La poutre graffitée de la case de passage
Messages recueillis d’amitiés absorbées
Comme les mots disparaissent,
Comme le temps les emporte !
J’emploie mon temps à refaire surface
Pas toujours, mais le jour
Je parcours le sens unique des allées avenues
Autant d’heures de gagnées à ne pas revenir
J’abrège la mémoire des voix
Et puis la nuit
La nuit je gravite à l’intérieur de ma planète
Ça tourne comme un tambour
De machine à laver la joie
Rien ne me retient
Rien ne me délivre
Prise dans le tissage bleu cuivre des filets
Humaine géographie, la nuit
Il est toujours trop tard
Trop tôt

Juillet 2011

Les croustilles

J’entretiens un désert un océan un champ
Un chant
J’entretiens des liens
J’entretiens la brume des passerelles
Ecran de nuits platine
Je mixe avec ce que j’isole
J’isole du présent les instants qui croustillent
J’isole du présent
Ce qui me fait plaisir
Ce qui me fait sourire
Ce qui me rafraichit
Un thon Pacifique à cru de citron vert
Des papas du dimanche aux maladresses tendres
Le silence presque
Des yeux inquisiteurs cherchent à identifier
D’où vient le métronome qui me bat la poitrine
Un client du fitness pédale dans la vitrine
Le ciel des poissonniers saturé de mouettes
J’entretiens un soleil vital
Du large du large
Du loin devant

Bon. Faudrait juste
dynamiter la barre immeuble en face

Juin 2011

Le pont

Ce plus ailleurs encore qui efface mes pas
Le cœur qui bat en brèche
Colmater
Fissures diluées l’amour amor à mort
Une brume renouvelée
Chaque fois dissipée dans les limbes de l’aube
Partir c’est mourir et renaître plus loin
Au delà de ce pont je ne vois pas la rive
Je ne la rêve plus
Je resterai empreinte de passages oubliés
Comme dépossédée de tout ce qui nous lie
Ce plus ailleurs encore qui efface mes pas

Juin 2011

L’état d’esprit

L’inexorable est une mécanique bien huilée
rouages des soleils noirs
miroirs comme des morsures de peur déployée
l’étau et puis le souffle
le souffle et puis l’incise des jours suspendus
le ténu de la trame
entre deux pans de soirs
jusqu’à voir au travers du ciel décousu
Docteur, écoutez-moi ce coeur
mais le cardio tous les six mois ne s’y habitue pas
j’aligne des phrases-clés, des codes dérobés
j’aligne tous les sens que je peux y trouver
je tiens à ma portée la voix des cathédrales
je respire vanille
on dirait une traduction dont je m’éloigne
je voulais être encore plus approximative
je savais bien où je ne voulais pas en venir
le souffle différé plus rare que de raison
et cette douleur confidentielle
qui ne veut pas céder

Octobre 2011

Pas la peine

Il traîne un vieux silence d’étoiles
Qui apaise
Peuplé de satellites aux trajectoires lentes
Intermittentes
Un horizon dentelé par l’obscur des crêtes
La lune allongeait l’ombre du rythme de nos pas

Ciselée dans la nuit
Rotation cadencée d’une pluie d’asperseur
Des rejets de figuiers ont éventré le mur
De ma mémoire s’écaillent les copeaux de nos rires
Batavias repiquées en lettres S.O.S.
Aucun avion ne s’arrêtait, jamais
Alors tu vois…

Juin 2011

L’écume des jours

S’absorber dans la littérature de salle d’attente
aux urgences mes pas perdus
je me perds, je te perds
j’aurais pu attendre encore, tu sais?
j’ai l’habitude, quand même
quand bien même ce manque de veine
à force de piquer
les veines abrasées de sève vénéneuse
cette fleur de rage
on se la jouait corrida, tu te souviens?
les souvenirs m’encombrent
j’ai la mémoire qui me dégueule
je n’évoque plus, je révoque
laisse moi lire mon horoscope
de Voici juillet 2003

Juin 2011