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Quinzième volet

Voyage…

Groumpf

chuuut…
attentive à ne pas faire craquer les feuilles
sous les pas
pas une feuille croustillée
pister comme une indienne
ce frémissement dans l’ombre de la haie
vignes-framboise ronces lianes prunelliers

groumpf

et la haie crépite et se déchire
silence froissé/soyeux comme une flambée
heureuse comme une gosse d’avoir entendu
groumpf
sous la lune

ça prend comme ça de plein fouet
l’automne, le bruit que ça fait
les souvenirs braconnés

 31 octobre 2011

Sillage

Matins poudrés de mauve, la forêt
Il souffle comme un mirage
Et le perlé des rires dans le vent
Tu as laissé l’enfance à l’adret des frontières
Où nous aimions aller
Je ne t’attendrai plus au pied de ce silence
Sur ce versant du monde, soleil cristallisé
L’élan de la lumière, le lasuré des ombres
Les rives de l’ hiver ailleurs nous relient
Ailleurs nous rejoint
Il souffle un vent froissé d’échos perdus
L’heure est au grandir loin
Et puis dans ton sillage
Il en manquerait une
sur trois ébouriffées

Octobre 2011

Ce qui devient

C’est une souffrance étrange. (…)
Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais.

Soie, Alessandro Baricco

Ce qu’il advient des mots couverts de paysages
C’est limpide et c’est inutile, je le sais bien
L’entête des nuits que je poursuis
Le sceau de lune toujours, partout
Que je trimbale sans faire exprès
Je rature, je rature tout ce qui devient
C’est plus fort que moi
Ce trait de khôl qui appartient
Au désert d’eau que je traverse
Aussi loin que porte le regard
Cet aussi loin dont je reviens
Quand la mer est à bout portant
Et que le ciel est anthracite
C’est comme le chagrin et l’amour
C’est un brouillard qui perdure
Des torrents figés de galets
Des barreaux devant l’horizon
Charpentes de métal rouillées
L’été dissous à contre-vent
C’est comme ça que je la préfère
La plage, et son embrume de sel
Je sais ce que je n’attends plus
J’aurais sûrement voulu un peu
Plus ou moins de
Et surtout pas
Surtout pas de rien mais
On va dire que je n’ai rien attendu
Rien entendu, n’est-ce pas ?
On va dire qu’on ne s’est rien dit
Des appels manqués sans messages
Je n’entends pas, je n’entends pas
Je ne veux pas ce qui devient
Ce qui devient va me faire mal

Novembre 2011

Les lotus carnivores

Si mes souvenirs sont bons
j’ai quelques vies
des cardiogrammes au kilomètre
et l’auto-reverse intégré
lecture aléatoire repeat
C’est facile, pourtant
de se relever
Il suffirait de ne pas déclouer les mots
cesser de soulever le couvercle
Parce que ce que je vois
à la surface, ce que je vois
c’est une grande vasque verre bleu
et trois nénuphars dedans, carnivores
qui me mordent le cœur

Pourtant je garde un soleil vigilant
pour demain
pour quand j’aurai cessé de perpétuer la nuit
nos bouquets japonais
ce qui s’en suit

Octobre 2011

La nuit parenthèse

Pour Chloé et Marie

 

La respiration
Comme des espaces posés entre les lignes
L’attache de mon bras qui m’interdit d’écrire
Je ne trouve aucun charme
Au bleu inextinguible des lueurs de veilleuse
Les secondes murales font presque autant de bruit
Que le galop serti derrière la cicatrice
Et pourquoi aïe ?
Mais tellement vous autour de moi
Rire fou était inévitable
Nous dormirons une autre fois finalement
La parenthèse fermée, c’est vrai qu’elle fut réussie
La nuit
C’était même encore plus beau après
Le vent doré si tôt dans les nuages
C’était du matin qui avance

Comme je ne vais pas mourir
(parce que j’ai pas le temps)
Je lirai l’embrasure des silences
Restés ouverts entre les mots
Et je n’aurai pas mal
Même quand je ris    

11 octobre 2011

Octobre bleu

Musique : Mercedes Sosa « Todo cambia »

Parce que le vif-argent
des reflets dans les vagues
parce que le contre-jour de l’enfant et son geste
l’ellipse du galet, son tracé dans le vent
j’aimerais rester là
à la bordure du soir
juste à portée d’envols
juste bien
un ballet d’ailes et d’eau
du bonheur pour une fois
dans l’écume et le sel des pétales de soleil
c’est un octobre bleu
un demain dans le ciel
et j’ai la tête à Toi

22 octobre 2011

Un cap

La tendresse prudente
Elle est d’arête vive
Comme une branche d’étoile
Parce que même ça c’est difficile
Les étoiles
Elles filent un coton de brumes outre-mer
Et je n’arrive pas à être tout à fait
Tout à fait là
Un mot et puis un mot
Une avancée de ciel où rien n’est écrit
Prendre une nuit d’avance
Pour voir où ça ira
Rester sur le seuil
Dans les courants de l’air
Ta porte ouverte
Parce que c’est plus que ça, un cap
Du chaud du froid et puis du chaud
Et puis du froid
Parce que c’est plus que ça
Un cap

Octobre 2011

Moody blues

Mais rien
Une absence
Un passage à franchir
Un frôlement
Une éraflure, d’accord
Une rivière étrécie, des galets sur mesure
Des éclats de soleil en surface
Qui palpitent
C’est comme un silence avec des mots dedans
Des mots d’échanges tus
Et puis plus rien alors
Un moody blues
ça n’a pas d’importance
ça n’a pas d’incidence
A peine un geste suspendu
ça ne veut rien dire quand ça tremble
La main, la voix, le paysage qui devient flou
Tout ça
Du limon sur les rives
Et le courant l’emporte

Mais rien, je te dis
C’est mon cœur mécanique
Il ne bat pas trop fort
Il met des majuscules là où il n’en faut pas

Septembre 2011

No pasaràn

Certains jours
il y a quelque chose d’offensif
dans ce soleil qui brille bleu
au dehors de nous
et qui s’en fout
de nos sinistres, de l’état des lieux
désertés
de nos marées montantes
et le creux de nos vagues
aux brise-l’âme
et puis certains soirs
tu peux chavirer tous les crépuscules que tu veux
toutes les étoiles sont bues
dans le halo des nuits mal famées
ce soleil bleu est aussi froid
que le blanc carrelé des urgences
mais
bras-dessus bras-dessous
nous
on s’en fout
le matin revient le jour suivant
on est toujours vivant

Septembre 2011

Eclat de dire

Ton île aux pierres de Fournaise
Le soleil emporté dans les sables du vent
Et le vent océan qui nous sépare
D’avant
Pleure pas, tu la retrouveras ta mer
Et la pensée s’étrangle au bout du rire
Eclat de dire
Comme un filament d’obsidienne
Je sais le goût de l’eau
Qui manque
Les rivages d’éther où tu naufrages
Si je pouvais
Si je pouvais seulement
Si
C’est toi qui as mal
Et c’est moi qui ai peur
C’est toi qui dis bon courage
Avant de raccrocher
C’est moi qui ne dis plus rien
De si loin
A bras le cœur au bord des mots
S’il suffisait mes bras
Je viendrais

Septembre 2011