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Quinzième volet

Voyage…

Admettre

Bâillonner un trop plein de
Je me suis dit j’attends
J’attends demain et puis j’écris

La nuit a duré longtemps

(il fallait que la nuit passe)

Long temps

je voulais écrire en détaché
dé-tâchée de toutes les traces qui font ce que je suis
lissée de ces faux-plis de doutes
qui participent passé
ce qu’il reste de moi et qui m’abstient
démêler le possible et le dérisoire
donner une chance à l’indicible
accepter de funambuler sur cet étrange ici lointain
admettre
je me suis dit j’attends demain
et puis j’admets

Décembre 2011

Ecran

Au lendemain de toi
Je m’oblige à aller
Je cède au vacarme des rues
Le coeur roulé en boule au fond de la poche
Ta voix enfouie, mon silence avec
Je marche pour nous fuir, chaque pas est un chemin
Je retarde l’instant où je nous ferai face
J’économise ainsi la peur
Le froid
Je te fais une place ensevelie
Dans le vent bleu
Et puis le soir me rattrape
Un mouvement de toile
D’étoile ?
C’est comme quelque chose qui se défroisse
Et se replie
Et se défroisse

Décembre 2011

Si seulement

Il se lève des houles creusées à même l’amer
Ce n’est pas un combat mais cela y ressemble
Je tourne les vagues contre moi
je prends les armes que tu me donnes
je rêve des territoires brandis comme des offrandes
Il ne reste que les aubes où je ne serai pas
Il se lève un soleil malade de certitudes
un chant d’eau qui éclate et n’en finira plus
Je pourrais tout te dire, je pourrais tout te taire
Choisir des silences et des mots âpres-doux
raconter le lichen bleu sur les rochers
la porte de la grange toute lasurée de rouille
le renard qui mange dans la gamelle du chat
Faire et défaire ce que je dois
On ne peut pas garder ce qui n’existe pas
Inventer des verrous, des serrures et des clés
Je pourrais même aussi nous trouver des excuses
pour que toute cette histoire ne soit pas moche
au fond
Nous vouloir élégants
dans notre façon d’en rester

Décembre 2011

L’insomnie inutile

Je lutte pour retenir les heures qui dérivent
arrimer les images à toutes les vérités
de celles qui nous élèvent
de celles qui nous trahissent
ces vérités soumises à conditions expresses
d’être renouvelées
cette météo des pages encore encrées d’éclairs
les colères inédites, la rage, les orages
l’obscur comme un réflexe
je suis pour les couchants safranés sur les îles
filaos de Noël et noix de badamiers
je suis pour tout ce qui ne m’a jamais fait peur
je lutte pour retenir la neige des lilas
la beauté compromise de l’hiver qui arrive
nouvelle saveur du froid sans le parfum de sève
du bois à peine coupé
je lutte pour tenir
je ne veux pas dormir et ça ne sert à rien
de traverser la nuit comme ça, les yeux ouverts
mais je ne veux rien perdre
j’ai trop perdu déjà
absurde et ironique insomnie inutile
tristesse automatique

Novembre 2011

Espers

J’ai laissé s’éteindre les pétillements d’étoiles
Dans le vent de là-bas
Aujourd’hui j’évolue sous des rampes de lumières
Des milliers de néons comme une trainée de poudre
Des rêves propagés comme des incendies
Des comètes noyées au ciel d’aujour/nuit
S’il reste la lueur d’une flamme quelque part
Elle n’illumine rien
Elle n’écarte pas la pénombre alentour
Elle n’est pas un geste de reflet qui danse
Au ciel d’aujour/nuit les feux n’ont d’autre chaleur
Que celle des souvenirs
Des poussières d’étincelles échappées des Bengale
Ce n’est pas une victoire
Ce n’est pas une défaite non plus
Espoirs de papillon à se brûler les ailes ?
Peut-être
Mais pas sûr…

Novembre 2011

Ce texte est inspiré par la chanson « Les yeux gris » de Michel Borla, extrait de son dernier album  » La saison des fruits verts »
 Pour écouter « Les yeux gris », veuillez cliquer sur le lecteur ci-dessous :

 

Non-lieu

Existe-t-il une pause dans le temps
Dans l’espace
Se dire je souffle un peu ?
Y a-t-il des rivages abordés
avec des battements de phares en pinceaux lumineux
Pour tout balayer pffuitt
Existe-t-il une qualité de silence
Qui nous coulerait dedans comme un soleil versé
A même le cœur ?
Une sorte de rire muet en aparté
Quelque chose de léger à vivre
Quelque chose de soulagé
Qui ne devrait rien à rien
Un non-lieu
En fin
Au large de toutes les nuits
Un bonheur autarcique

Novembre 2011

La vie en crue

pour un chemin d’écume tendu entre les pierres
j’ai joué ce qui reste
j’ai gagné ce qui vient
le rush du courant, la crue des sentiments
la lumière minérale qui me bat dans les veines
ondes, la vie en perfusion
le ciel charrie du vent et charrie des oiseaux
et puis l’écho de l’eau
et j’ai joué
dedans
j’ai joué ce qui reste
j’ai gagné ce qui vient
le vent charrie du ciel, les oiseaux des rivières
ma vie un allant vers

Décembre 2011

Un élan bleu

La tournée des potes

De plein fouet la lumière
A la lisière du vent il y a plus de bleu
Et j’ai pris mon élan
Peut-être retrouver un peu de soi perdu
Aux brumes limitrophes
Aux saisons frontalières
Et puis c’est égarer un peu de soi aussi
Le chemin est plus long
C’est plus de pas à faire
Dans le redevenir
Dans le ciel à l’envers
Rester encore un peu
Garder un peu de temps
Garder
Ce qu’il y a de ciel là-bas
Plus bleu, plus grand
Une pause initiatique
Et puis c’est égarer tellement plus que cela
Quand je vous perds
Orion de l’hiver

Décembre 2011

L’édifice

L’édifice d’un nous menti
mais autant d’autres
nos autres
venaient à colmater à la chaux des joies vives
le sabre dans nos murs au bâti de silence
et autant d’autres
nos autres
venaient à étayer le ciel crevé des tuiles
nos autres
Aux badigeons de bleu sur les fenêtres
nos pierres à pierres scellées
nos frères lumineux
ces flammes colossales sur nos terres brûlées
Piliers hypothétiques à nous tenir debout
au bénéfice des doutes ajournés
On verra bien demain
comme on ne sait plus faire
sans eux
Et puis ce demain là alors est arrivé
où ne suffisaient plus, nos autres
nos lierres nous liant
leurs racines, dans les brèches  
 

 

Novembre 2011  

 

Autopsie d’un poème

Il y a des mots qui sont comme des traverses
dans mon paysage
pour en faire un poème
traverse est le premier, paysage le deuxième
imaginez l’ailleurs, le très loin
un espace gitan, la lune en filigrane
(et la fenêtre ouverte, oui je sais)
il y a des mots qui croustillent
à demi-maux
comme des craquillements en surface
ce sont les demi-mesures d’une tristesse
qui bat son plein
le reste étant ce qui est enfoui
dessous
il y a des ponctuations sentimentales
qui changent tout
des absences de virgules par exemple :
de quoi je me mêle, toi ? Est une question
de quoi je me mêle toi ? Est une déclaration
il y a les échos aussi, qui reviennent
souvent souvent souvent
échos de plein de voix, c’est fou, ça !
des bribes de rires surtout
des brou ha ha
qui font de la lumière, j’vous jure
ça éclaire de l’intérieur
c’est comme l’entrechoc des verres
qui trinquent à la santé des copains
c’est magnifique
Et puis il y a le silence

ah le vacarme que ça peut faire, le silence
celui que j’ai commis trop longtemps
à y noyer la résonance de nos pas
alors on n’entendait plus
alors on s’est perdu
au vent
parce que le vent bien sûr
est indispensable dans un poème
pour disperser le ciel
et les nuages d’hier, aujourd’hui et demain
je les ai mis dans l’ordre
mais pour de vrai c’est aléatoire
et en vrac

Novembre 2011