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Quinzième volet

Voyage…

Une vie devant soi

Jeter les mots en bas des socles où ils étaient vissés
Travestis de silences comme une fêlure de voix
Les paroles s’échappent d’un trop plein de taire
C’est une plaie ouverte et joyeuse
Une trace de rigole
Un roulis-éboulis de pensées qui se cherchent
Où en étais-je, déjà ?
J’en étais au sens des aiguilles du temps
Aux adieux distillés comme un parfum de fleur
Finalement libérée, merci
Je laisse mes plumes là-bas
Et viens on y va, viens
On y va
Alors vas-y
Vacille

Et je pose mes pas sur des pages ouvertes
J’y mettrai des fenêtres coloriées lagon
Des empreintes de sel séché à ton soleil
Des reflets d’avenir
Ce sera juste moi, un peu dépossédée
Presque tue mais vivante

Une sorte de vie devant soi  

7 avril 2012 

Texte paru à La Cause Littéraire

Eternité

Musique de Voltene Sue

Quête ramifiée de chemins
Lignes d’un vivre comme je peux
Sur la paume de quelle main ?

Le ciel se propage

Chaque soir a son voile pourpre de soleil
Chaque aube sa traîne de nuit
Une éternité d’étoile mesurée à son seul écho

Cet éclat-là m’arrête
Je m’arrête à la plissure du vent
A peine un frémissement lisse de l’eau
Silence de mangrove peuplé d’oiseaux

Le ciel se propage

Sous l’aile d’ombre tendue
Je bute sur les pierres
Toutes ces pierres blanches
Qui ont marqué les jours
Et comblé les ornières
Le lit de mes torrents
Je passe à gué ma solitude

Le ciel se propage

Noces déployées d’hier et d’ailleurs mêlés
Et c’est encore demain
Et c’est déjà ici
Un enfant échappé d’on ne sait quelles frontières
Racle sur le trottoir les roues de son tricycle

L’étoile de son rire comme une éternité
Mesurée à son seul écho

4 avril 2012

Les fleurs de mars

Des grains de terre
Me coulent dans les chaussures
Quand les semelles ripent
Sur le chavire battu de vent
Et je claudique, tu vois
La pensée comme un pas à pas
C’est dans l’air du temps
Un parfum de prière
Aux églises sans parois
Il se dit des murmures
Des bourrasques de brise
Il bruine des pépites de grésil pétillant
Au soleil insolent une tombe frangée
De l’eau des pluies salées
Ainsi les giboulées déposent des fleurs de mars
Coquillages de collier au Terminal Départs
Kiss and Fly à perpétuité

Mars 2012

Le temps d’une vie

Boucles bouclées dans tous les sens
jusqu’à n’en plus trouver aucun
trotteuse au tic tic pendulaire
boucles bouclées dans tous les sens
jusqu’à n’en plus trouver aucun  

Une petite musique en décrue
fondu enchaîné les nuits ouvertes
trotteuse au tic tic pendulaire
grignote des pans d’oubli à l’envers  

Boucles bouclées dans tous les sens
jusqu’à n’en plus trouver aucun
une petite musique en décrue  

Je rafistole comme je peux
mes rideaux de nuits saltimbanques
à la pénombre rouge flamme
les trous à l’âme que ça fait  

Fondu enchaîné les nuits ouvertes
comme des couloirs qui se répètent
à l’infini
à l’infini  

Des secondes
cousues bout à bout  
et ça finit par faire une vie

Musique de René Aubry: Chaloupée

Mars 2012

Pour la route

Espérer que rien ne change était un leurre
La mémoire déchiffre à peine les étincelles chapardées
Qu’elles vous picotent l’âme de rouille
N’importe comment n’importe quand
Des printemps de couchants comme ça
Contaminés

Car le ciel même a l’air de fuir
En rubans d’étoiles dévidés
En lueurs d’hier désertées
Elles s’éteignent et s’exfolient en bas des pages

J’ai les mots pour vous retenir
J’ai les mots, je n’ai plus que ça
Sans le seuil aux chiens couchés
Ni les azulejos sertis
Dans la clarté vive des chaux

Il n’y a plus qu’un capitaine
Aux commandes de son silence
Il sera toujours dimanche soir
Comme un trop perçu de naufrage

Il fait dimanche soir aussi
Du côté de celui qui va

Mars 2012

Agenda

J’ai oublié l’adolescente parfum pomme
Mais le sillage Bambou imprègne les pages tournées
C’est comme un agenda
On pourrait reporter les voix d’un vieux décembre
Dans l’écho des prochains rendez-vous à venir
Décombres plurielles, intersections futures
J’insère mes tous petits différents univers
Galaxies du passé incluses
Dorénavant tu comptes
Tu t’immisces dans une solitude toute personnelle
Nouvelle
Si j’arrive à lâcher les pensées carcérales
Qui étiolent le menu déroulant de mon ciel
Depuis qu’il y fait noir
Depuis qu’il y fait loin
Alors peut-être qu’enfin cesseront d’être intactes
Mes belles incertitudes

Février 2012

A vau-l’eau

La houle enfle d’abord et soulève des remous
de noms qui dormaient là sagement déposés
Elle balaye les rivages que l’on croyait éteints
puise à la nuit des temps les cicatrices tues

La vague alors déferle et fait céder les digues
tous les ponts suspendus, les saisons morcelées
les derniers contreforts que l’on avait construits
les barrages d’un rire aux larmes filigranées

Demain enjambe Hier, Aujourd’hui s’éparpille
même la lune à vau-l’eau chatoie désordonnée
dans les reflets dansés de ses mouvement blonds
décompose, recompose sa rondeur brisée

Affleurent à la surface sentiments oubliés
émotions interdites, souvenirs détachés
comme des lames de fond
venues du fond des choses
et d’autres…

In L’or saisons Editions Tipaza

Janvier 2012

La solitude des alouettes

Peindre avec des mots à l’encre miel
Ce qu’il fait si froid à défaire
La solitude des alouettes dans les tessons de miroir
Le vif éclat, le subreptice, la moire des reflets
Sitôt captés, sitôt perdus
Peindre avec des mots une idée d’océan
Pour atteindre le large au bout de soi
Il fait blanc bleu brûlant d’hiver enfoui
Où sont les tracés méticuleux et patients des ruisseaux ?
Tous les chemins quittés et le velours des mélodies ?
Où est mon courage ?
  Absorbé…
  Mais la note si juste d’un pinceau de soleil ?
Cette touche irisée, harmonique
Absolue
   
1er février 2012

La désenclave

Comme si une sorte de nuit
Montait du long des berges
Dérives de brumes anciennes, tenaces
Verticales
Chaque instant se figeait comme une saignée de neige
Une coulée d’hiver
Le torrent immobile sous la pensée gelée

Puis s’ouvrait une brèche, une vague libérée
Une voie d’eau écrite dans la carène usée
Des peurs désuètes
Peut-être
Une veine d’aube enfin
Lune cadenassée, faire sauter le verrou
L’hiver désenclavé   

28 février 2012

Ce que je sais le mieux non-dire

J’attends un oubli perceptible
Qui me viendrait on ne sait d’où
Comme un silence révélé
L’irréversible tournure des choses
Vertige calcaire des falaises
Mais s’il m’avait fallu tomber
Depuis
Depuis le temps, je l’aurais fait
Il est trop tard, maintenant
Il est trop de nuits passées
Ce matin je relève ma vie
Une vire-voltige de neige
Des baisers doux de givres blancs
Un reste d’hiver italique saupoudré sur les épaules
Ce que je sais le mieux non-dire pour en arriver enfin là
C’est le coeur assidu qui bat
Le cœur qui bat et puis courir
Crisse, la trace de mes pas
Et puis la vie, et puis l’issue
Au bout du vent les bras offerts
Ouverts
Grand

janvier 2012

Publié dans la revue Incertain regard n° 8