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Quinzième volet

Voyage…

Le temps d’une vie

Boucles bouclées dans tous les sens
jusqu’à n’en plus trouver aucun
trotteuse au tic tic pendulaire
boucles bouclées dans tous les sens
jusqu’à n’en plus trouver aucun  

Une petite musique en décrue
fondu enchaîné les nuits ouvertes
trotteuse au tic tic pendulaire
grignote des pans d’oubli à l’envers  

Boucles bouclées dans tous les sens
jusqu’à n’en plus trouver aucun
une petite musique en décrue  

Je rafistole comme je peux
mes rideaux de nuits saltimbanques
à la pénombre rouge flamme
les trous à l’âme que ça fait  

Fondu enchaîné les nuits ouvertes
comme des couloirs qui se répètent
à l’infini
à l’infini  

Des secondes
cousues bout à bout  
et ça finit par faire une vie

Musique de René Aubry: Chaloupée

Mars 2012

Pour la route

Espérer que rien ne change était un leurre
La mémoire déchiffre à peine les étincelles chapardées
Qu’elles vous picotent l’âme de rouille
N’importe comment n’importe quand
Des printemps de couchants comme ça
Contaminés

Car le ciel même a l’air de fuir
En rubans d’étoiles dévidés
En lueurs d’hier désertées
Elles s’éteignent et s’exfolient en bas des pages

J’ai les mots pour vous retenir
J’ai les mots, je n’ai plus que ça
Sans le seuil aux chiens couchés
Ni les azulejos sertis
Dans la clarté vive des chaux

Il n’y a plus qu’un capitaine
Aux commandes de son silence
Il sera toujours dimanche soir
Comme un trop perçu de naufrage

Il fait dimanche soir aussi
Du côté de celui qui va

Mars 2012

Agenda

J’ai oublié l’adolescente parfum pomme
Mais le sillage Bambou imprègne les pages tournées
C’est comme un agenda
On pourrait reporter les voix d’un vieux décembre
Dans l’écho des prochains rendez-vous à venir
Décombres plurielles, intersections futures
J’insère mes tous petits différents univers
Galaxies du passé incluses
Dorénavant tu comptes
Tu t’immisces dans une solitude toute personnelle
Nouvelle
Si j’arrive à lâcher les pensées carcérales
Qui étiolent le menu déroulant de mon ciel
Depuis qu’il y fait noir
Depuis qu’il y fait loin
Alors peut-être qu’enfin cesseront d’être intactes
Mes belles incertitudes

Février 2012

A vau-l’eau

La houle enfle d’abord et soulève des remous
de noms qui dormaient là sagement déposés
Elle balaye les rivages que l’on croyait éteints
puise à la nuit des temps les cicatrices tues

La vague alors déferle et fait céder les digues
tous les ponts suspendus, les saisons morcelées
les derniers contreforts que l’on avait construits
les barrages d’un rire aux larmes filigranées

Demain enjambe Hier, Aujourd’hui s’éparpille
même la lune à vau-l’eau chatoie désordonnée
dans les reflets dansés de ses mouvement blonds
décompose, recompose sa rondeur brisée

Affleurent à la surface sentiments oubliés
émotions interdites, souvenirs détachés
comme des lames de fond
venues du fond des choses
et d’autres…

In L’or saisons Editions Tipaza

Janvier 2012

La solitude des alouettes

Peindre avec des mots à l’encre miel
Ce qu’il fait si froid à défaire
La solitude des alouettes dans les tessons de miroir
Le vif éclat, le subreptice, la moire des reflets
Sitôt captés, sitôt perdus
Peindre avec des mots une idée d’océan
Pour atteindre le large au bout de soi
Il fait blanc bleu brûlant d’hiver enfoui
Où sont les tracés méticuleux et patients des ruisseaux ?
Tous les chemins quittés et le velours des mélodies ?
Où est mon courage ?
  Absorbé…
  Mais la note si juste d’un pinceau de soleil ?
Cette touche irisée, harmonique
Absolue
   
1er février 2012

La désenclave

Comme si une sorte de nuit
Montait du long des berges
Dérives de brumes anciennes, tenaces
Verticales
Chaque instant se figeait comme une saignée de neige
Une coulée d’hiver
Le torrent immobile sous la pensée gelée

Puis s’ouvrait une brèche, une vague libérée
Une voie d’eau écrite dans la carène usée
Des peurs désuètes
Peut-être
Une veine d’aube enfin
Lune cadenassée, faire sauter le verrou
L’hiver désenclavé   

28 février 2012

Ce que je sais le mieux non-dire

J’attends un oubli perceptible
Qui me viendrait on ne sait d’où
Comme un silence révélé
L’irréversible tournure des choses
Vertige calcaire des falaises
Mais s’il m’avait fallu tomber
Depuis
Depuis le temps, je l’aurais fait
Il est trop tard, maintenant
Il est trop de nuits passées
Ce matin je relève ma vie
Une vire-voltige de neige
Des baisers doux de givres blancs
Un reste d’hiver italique saupoudré sur les épaules
Ce que je sais le mieux non-dire pour en arriver enfin là
C’est le coeur assidu qui bat
Le cœur qui bat et puis courir
Crisse, la trace de mes pas
Et puis la vie, et puis l’issue
Au bout du vent les bras offerts
Ouverts
Grand

janvier 2012

Publié dans la revue Incertain regard n° 8

 

Promesse

Je tiens le stylo prêt à dégainer les mots
des pensées volatiles d’amour tissues autour
comme un geste en suspens
A la jetée des ports artificiels
Une ancre/une encre à laquelle croire
Une corde traversière par delà l’illusion
Des gouttes de soleil comme des notes de soie

L’impression que la vie ne finit pas ses phrases
Mais c’est un nouveau monde
Et tout peut commencer

Janvier 2012

Adieu tristesse

Ne pas se retourner
Sur ce qui vient trop tard, souvenirs de sable
Messages d’alizés et lèvres scarifiées
De soif, je craquelle

Ne pas se retourner
Sahara où fleurissent les pétales de gypse
Roses d’ocre figées au clair des lunes fanées
Que j’amoncelle

Un rayon de janvier fulgure métallique
Sur les parois de verre aveugles des cités
crissent les soleils noirs des jours
pulvérisés

Je n’évanouis rien
Etreinte de mirages et de réalités
Mais j’aimerais condamner
Tout ce qui est passible de mes peines

Preuve en est l’horizon devant et la buée
Et le baiser soufflé offert au bout des doigts
Adieu tristesse, adieu
Il n’y a pas de portes ou bien elles sont ouvertes

18 janvier 2012

Clichés

Tu ne le sauras pas
J’ai volé des miettes de mémoire
Clichés dupliqués à l’infini clair-obscur
Paillettes mal éteintes
Reflets dévalisés dans le tain des miroirs

Au fond tu la tritures, cette souffrance mécanique
Tu la gardes en secours
Réflexe d’une douleur qui ne m’appartient pas

Il est encore déjà une aube de toujours
Mais je chéris la trace des morsures d’étoiles

Et la nuit reviendra
Et la nuit reviendra comme un ressort cassé
Et n’auront perduré que les minutes enfouies
Sous les poussières précieuses

Janvier 2012