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Quinzième volet

Voyage…

Les Nuits du Sud

Un ciel de faisceaux
Du sable sous la danse
Une poudre d’instant
Poussière sur les lèvres
Nos sourires s’effleurent
Et c’est comme revenir
Ce sont des petites heures
Et c’est à peine si
L’on peut se retenir encore
avec les yeux  

Et puis  

Les projecteurs s’éteignent
Silhouettes balayées du peu de nuit
qui reste, la main au bout du geste
L’adieu que l’on agite
Le matin nous rattrape
Et c’est encore partir :
Une autre nuit se lève
Même si le soleil  

10 août 2013  

Ce peu de loin

Echapper le livre aux pages tranchantes
le tomber des mains
J’ai vu ce caillot de nous filer
rive première portée au devant des orages
Noir broyé                 noyé

Et dans le torrent, le soleil
rush d’étincelles à flot bouillon

Ce peu de loin    
entre les mailles  

28 juillet 2013
Paru dans la revue Verso n° 160

Une vie d’été

Le vent feule, âcre
parfum de branches brûlées
haleine salée de fenaison
Il existe une vie d’été
de l’autre côté
des notes de clocher
par où le temps m’échappe
            
Attente embracelée
Il manquerait le large d’une page à remplir
aux manières de fleurs amples de magnolias
                             
Ligne de crête à suivre du bout des yeux
                                                      fermés    

25 juin 2013
Texte paru au CAPITAL DES MOTS

Quelques notes

Musique de SaReGaMa

Il pleut un long jour sale

Ombres luisantes des goélands
ciel de verre fumé
et le rêche panorama
des mats hérissés dans la baie

Ça vrille dans le tunnel blanc

Contre la paroi souple du sas
un cœur bat qui n’est pas le mien

Le cardiologue est un enfant

On
se tait
ne pense à rien
ne pardonne pas à l’infirmière
d’être un homme

17 mai 2013

Le cahier

Langson

page/nuit blanche ouverte
j’ai cloué dans la marge
un rire laqué noir
c’est tout ce que j’en sais
un cahier
la parole couchée à l’encre violette
une goutte
de larme peut-être ?
a fait une fleur trouble
dans le voyage âpre de leur guerre
coupures de presse brunies
le faire-part encadré
d’un deuil fils/frère
c’est toute une sève
qui circule encore
et les mots les plus tus
chaloupent entrelacés
dessus dessous ma ligne de vie
ma ligne de cœur

5 mai 2013

Faut dissiper les papillons

Ce que le vent déporte de brume
la nuit
c’est comme geste vain de la main
pour chasser papillons d’idées
Il souffle sur braises d’étoiles
taillade pulpe de nuages
ouvre brèche de veine lactée
Tentative ravivée d’un long chemin
Mais
ce que le vent déporte de brume
se dépose un peu plus loin
et ça revient
et ça devient
martèlements feutrés de piérides
aux blancs battements acouphène

Ce que le vent déporte de nuit
le matin aussi
ça revient  

20 avril 2013
Texte paru au CAPITAL DES MOTS

Passerelles

Le vent sculpte le silence
Il y saille des trouées d’oiseaux
Les pensées roulent et choquent
Comme des cailloux de crues
Crépitement fluide d’une coulée de grains
Dans un bâton de pluie
C’est comme un deuil blanc
Transe de funérailles au trépignement ivre
Et au chant litanique d’un jamais rassasié
D’un talweg à un autre
Passerelles jetées  

2 avril 2013 
Texte paru au CAPITAL DES MOTS
et dans la revue Verso n° 160 

Flaques

Avancer aujourd’hui
C’est comme traverser le ciel boueux des ornières
On voit bien qu’il est bleu
Combien de temps au temps pour sécher le chemin ?
Frisure du vent dans les reflets
Résorber la trace écrite de nos pluies

Perdre alors l’or liquide du soleil à l’envers
L’essentiel d’hier et
Le trouble
Limpide
Et la lèvre qui tremble

Tu ne vas pas pleurer maintenant ?    

7 mars 2013  

Clin d’œil

stalactites

Il pleut battant maintenant
Sur les instants cristallisés
S’effritent la neige sous les doigts
Le sucre rose sur la langue
le grain du sel sous la dent

Faudrait pouvoir rester longtemps
Faire un arrêt sur l’image
Une mouche satellitaire
Capture d’écran du vent d’hiver
Et nous au chaud des parenthèses
Il pleut battant maintenant
Sur les instants cristallisés
Il reste des notes Epiphone
Un goût de rires Tagada
L’amitié subreptice du chat  

23 février 2013