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Quinzième volet

Voyage…

L’échappée cohérente (ou presque)

C’est à ça que ressemble l’eau dont nous avions soif
Serpents de moire/mirages
sur le goudron crevé
chaleur trouble de l’air
Tornades sèches
aux spirales de sable, de feuilles
de papiers gras

Une porte mal fermée
mal ouverte, je ne sais pas ?
Et s’engouffre la nuit
et avec elle, le froid
la braise vive des pierres
nos pas blessés

Une ombre amalgamée à tous mes faits et gestes
un regard collé à la serrure des mots
Ça fait comme un écho gercé
aux lèvres

Alors taire ?    

14 novembre 2013
Texte paru au CAPITAL DES MOTS

J’aimerais être sable

Ce hier déjà
Cet hiver escarpé que tu habites encore
Comme on habite un naufrage
J’aimerais être sable
Y fourmilleraient tes fissures secrètes
Tes petites peines                    lourdes
Tes pensées râpeuses
J’aimerais être sable
Le buvard absorbant de ton silence
Et comme évaporées        dessous les vagues
Dessous leurs langues
S’effaceraient tous les écueils
Tous ces pas                 qui te crochent-pattes
J’aimerais être sable
Jusqu’à rendre illisible
La trace des soleils noirs
Demain serait rivage
Apaisé
Linéaire
 
29 octobre 2013
Texte paru au CAPITAL DES MOTS  

Arrimer en pays d’automne

Musique de René Aubry : Courant d’air

Pour Valérie

Accrocher un verbe bleu aux phrases du vent
Ce pointillé de brise qui pétille
Rouge bruisse un feu de sumac
Un jardin de soleils aux rires égrainés
Des anneaux chevillés
A l’âme
D’un éboulis contenu
Arrimer en pays d’automne
Mémoire estampillée
Comme un sticker collé au front des vitres
Faire le plein de Nous
Pour jamais ce manque de ciel

22 octobre 2013

Extrait de L’or saisons aux éditions Tipaza

Septembre soir

Dimanche de septembre soir
Pas d’issues à ce paysage
Comme s’il coulait un sang atone
De mon encrier de brouillard
Plus de message à délivrer
Circulez, y a rien à voir
La ville a verrouillé l’été
Dimanche de septembre feu
Mortes, les feuilles de mon cahier
Des papiers, de ratures noircis
Et des pages blanches froissées
Plus de message à délivrer
Circulez, y a rien à dire
La ville a verrouillé les mots
Dimanche de septembre pluie
Aveugles, les vitres embuées
Eteintes, les flaques des trottoirs
Muette, l’eau de leurs reflets
Plus de message à délivrer
Circulez, y a rien à filmer
La ville a verrouillé les miroirs
Dimanche de septembre nuit
La trouée bleue d’un gyrophare
Pulse à travers l’obscurité
Les dernières mesures d’une vie
Ce qu’elle m’a donné, je l’ai pris
Y a plus rien sous les pavés
Veines de bitume taries
La ville a verrouillé mon histoire  

13 octobre 2013

Septembre soir from C. Daviles-Estinès on Vimeo.

Musique et voix : Michel Borla
Texte et vidéo : Colette Daviles-Estinès

 

 

Contre-soir

Dans l’encoignure de mes murs
un crépuscule similaire
au feu tout flamme
contre-soir
Il est des soleils rémanents
dont la lumière indélébile
longtemps affleure à la surface
Un linteau vermoulu
la photo répétée d’un sahel de dune
où mon enfant trottait
un genou, une hanche
Pendus au bleu des poutres
des chardons de poussière
et le parfum fané
d’une rose rouge
sèche  

10 octobre 2013 
Texte paru au CAPITAL DES MOTS  

La mémoire métisse

Je découds le bord à bord
Du bout du monde
Et des saisons
Bleu minéral de l’hiver
Soleil abrupt en surplomb
Velours côtelé des labours
Horizon hachuré de pluie
Aux andains de roches plissées
Trame de vent
Trame d’un temps effiloché
Restent l’accueil d’un rivage
Pruine de sel des galets
Mémoire métisse taillée
Dans l’à vif
Et l’aboli  

24 septembre 2013 

In Allant vers et autres escales Editions de l’Aigrette (septembre 2016)
Texte paru au CAPITAL DES MOTS

Le cercle des amis poètes disparus

Je parcours le silence des cryptes païennes
Parole désertée
Feue la tienne lâchée comme un satellite sauvage
Et sans orbite
Ecris moins fort, s’il te plaît
Je ne nous entends plus
Tout juste l’empreinte acouphène
d’un bourdonnement de psalmodies
C’est à douter même de la chair
De mes pas dans les tiens
Un oeil de cyclone ?
Chambre d’écho sans écho
Camisole de nuit où rien ne résonne
Calfeutrée dans l’oubli têtu comme une punaise
Et qui te pue dessus la peau
De tes poèmes  

20 août 2013
Texte paru au CAPITAL DES MOTS

Les Nuits du Sud

Un ciel de faisceaux
Du sable sous la danse
Une poudre d’instant
Poussière sur les lèvres
Nos sourires s’effleurent
Et c’est comme revenir
Ce sont des petites heures
Et c’est à peine si
L’on peut se retenir encore
avec les yeux  

Et puis  

Les projecteurs s’éteignent
Silhouettes balayées du peu de nuit
qui reste, la main au bout du geste
L’adieu que l’on agite
Le matin nous rattrape
Et c’est encore partir :
Une autre nuit se lève
Même si le soleil  

10 août 2013  

Ce peu de loin

Echapper le livre aux pages tranchantes
le tomber des mains
J’ai vu ce caillot de nous filer
rive première portée au devant des orages
Noir broyé                 noyé

Et dans le torrent, le soleil
rush d’étincelles à flot bouillon

Ce peu de loin    
entre les mailles  

28 juillet 2013
Paru dans la revue Verso n° 160

Une vie d’été

Le vent feule, âcre
parfum de branches brûlées
haleine salée de fenaison
Il existe une vie d’été
de l’autre côté
des notes de clocher
par où le temps m’échappe
            
Attente embracelée
Il manquerait le large d’une page à remplir
aux manières de fleurs amples de magnolias
                             
Ligne de crête à suivre du bout des yeux
                                                      fermés    

25 juin 2013
Texte paru au CAPITAL DES MOTS