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Quinzième volet

Voyage…

Il était une foi

Il était une foi
 
 
Quand je rentrais chez moi avec le car de ramassage, après ma journée continue d’écolière, je grimpais sur le siège surchauffé au soleil d’Afrique et à 13 h 05 précisément, j’appliquais ma main sur le skaï noir.
Jusqu’à ce que le saisissement de la douleur s’éteigne.
Je retirais alors ma paume, j’attendais que la chaleur redevienne brûlante à nouveau et je recommençais à offrir ma peau à la morsure.
Parce que j’étais vivante et qu’elle ne l’était plus, mon amie, ma sœur.
C’était comme une offrande, un rituel.
Chaque jour d’école à 13 h 05, j’offrais ma souffrance en gage de fidélité.
Un reste de culpabilité judéo-chrétienne.
Auparavant, j’allais à la messe tous les dimanches, préparation de la première communion oblige.
J’avais une foi toute culturelle, Dieu existait à la maison, point.
Tous les dimanches j’allais donc à l’Eglise et je priais :
    – Mon Dieu, faites que je pêche une grosse daurade grise (parce que nous allions à la pêche tous les dimanches).
Ma foi était donc très infantile mais j’en avais une.
Jusqu’au jour de l’accident.
Quand j’ai perdu mon amie, ma presque sœur.
A la cérémonie d’enterrement, il faisait un soleil implacable, comme d’habitude. La chaleur était suffocante, le chagrin plus encore.
Presque toute l’école était massée là, dans l’église.
Enfants de 10 à 15 ans. Pas seulement, bien sûr, il y avait beaucoup d’adultes.
Mais je parle des enfants de l’école parce que ce jour-là, le curé a fait de nous toute une génération d’athées en prononçant cette phrase :
   – Remercions Dieu d’avoir rappelé Anne-Marie à Lui.
Nous étions en train de faire l’apprentissage de notre première douleur d’adultes.
Nos jeunes fois ont craqué comme des coquilles vides sur lesquelles on marche.
A ces mots-là, tous les enfants de l’école sont sortis de l’Eglise.
Physiquement, mais pas que.
Nous avons remercié dieu.
Il est donc sorti de ma vie, le jour où Elle est sortie de la sienne.
J’ai continué à passer ma main au feu du skaï noir durant trois ans.
Puis j’ai grandi, je n’ai même plus cru à l’utilité de me punir d’être vivante.
Mais quand le soleil est particulièrement brûlant, je me souviens d’Elle, mon amie, ma sœur.
 
16 avril 2012

Travelling

A l’Ouest, du nouveau.

Musique de Mark Knopfler

J’aime bien que l’éclipse émiette la lumière sur la mer
J’aime bien quand la brume absorbe les éoliennes
Et le solfège des étourneaux
J’aime bien rétroviser les lampadaires
Et la géométrie fouillis des vignes
J’aime bien la mosaïque des miroirs
Et le rire de l’eau à travers les larmes de saules
J’aime bien tout ce que tu brilles
Quand le poème se propage d’une étincelle à l’autre
Sur le fil conducteur des oiseaux

7 avril 2015

Le mur tapuscrit

Billets divers patafixés
Voyages, concerts et cinéma
Mur étiqueté, tapuscrit
Histoire de croire une vie remplie
Patiences éprouvées
De sombre en sombre en ombre claire
Le dégradé d’un écho vallonné
Lumière crayeuse des carrières
Et ce bleu qui perdure dans mes retours
A la ligne – fût-elle brisée –
L’espace fine entre les mots
J’écris
J’ai cri jusqu’à la mer

3 mai 2015

Çà et là

Jamais je n’avais vu de peupliers embrasés
leur lumière propagée çà et là
comme foyers émeraude

D’ailleurs jamais
je n’avais vu les peupliers
ni çà, ni là

Seulement nos pas dans les ornières
La résurgence des sources perdues

24 avril 2015

T’inquiète

T’inquiète
Je marche sur des souvenirs que je n’ai pas
En pays d’eau
Les jachères se cotonnent de kapok de fleurs
Et de nichées de gui
Ce n’est pas compliqué
Les embrassées de vent ont des clameurs de vagues
Chaque souffle aux carreaux chavire un océan

5 avril 2015

En somme, nous

Sédimentaire distance
Comme si l’Histoire avait fermé les yeux
Une pause espace/temps
Traversée de Sahel
Où en sommes-nous ?
Une ondée, sur le quai de ce printemps
Elle ne crépite pas, dans la poussière déposée
Exhale un Tchad de cuir et de cire noire
Antilopes d’ébène falsifiée
L’Histoire ouvre les yeux
Mémoire irriguée de lumière
Chari dépositaire

17 mars 2015