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Quinzième volet

Voyage…

Old Ideas

Un texte écrit en 2012. Hier je l’écoutais et j’avais encore 13 ans.

L’aube, le ciel, mon paysage
La musique de décembre
qui ne s’arrête pas
Ne s’arrête pas
It’s four in the morning
I’m writing you pas du tout now
Non
You cannot follow us
Le disque est dur, il ne se raye plus
C’est parce qu’on ne sait jamais, la vie
Si sauvage la découpe en déchirure d’une page…
Et puis c’est beau, la rime sillage
Et les orages gris marine
A flanc de nos dérives
La musique d’un temps qui passe
Et qui poivre blanc les cheveux
Je bégaye les mêmes mots
Mais ce sont de nouvelles chansons
Même si ce sont de Old Ideas
Je bégaye parce qu’on ne sait jamais, la vie
Et je ne connais pas mon texte
Celui que l’on n’ a pas écrit

 

Février 2012

 

Responsable

Elle a eu sa part
de pain noir et de vache maigre
sa dose de bistouris et de deuils

Elle se demande si tout se mérite
ce qui est bon
– même le meilleur –
ce qui fait mal
– même le pire –

Elle pense qu’elle a eu du courage
quand même
Elle se dit qu’il n’y a pas de hasard
qui sème le vent etc.

Elle faudrait arrêter ça
Elle ne veut plus être courageuse

 

29 octobre 2016

Champêtre

Tables nappées au drap de lin
Un cheval bruit entre ses lèvres
Deux moissonneuses avant l’orage
battent la nuit au phare blanc

Sous un ciel de mailles noires
Il est des vergers domestiques

A vrai dire je ne sais que faire
de ces vers cueillis dans l’été
Tels des bribes de songe
Hors-contexte
Hors le silence même des pages tournées
Traces orphelines

Les fleurs de soleil
sont lourdes de graines brunes

Seulement un poème
dans le sens des aiguilles
à détricoter le temps

 

27 octobre 2016

Le tableau d’honneur

Le premier souvenir que j’ai de l’école, c’est la pluie.
Rentrée des classes = le bruit des essuie-glaces qui couinent : ouin ou ouin, ouin ou ouin.

Le deuxième souvenir, c’est que je pleurais autant que le ciel : ouin et ouin…

Le troisième, c’est le bruit de la craie sur le tableau noir qui était vert.
Depuis, je déteste le vert.

Le quatrième n’est pas un souvenir. Comme je pleurais tous les matins – et ça fatigue, de pleurer – je dormais toutes les après-midi, dans la salle prévue pour la sieste des petits.
Je ne m’en souviens pas puisque je dormais, on me l’a raconté.

Le cinquième, c’est la gifle. La maîtresse avait tracé des tirets sur mon cahier, je devais recopier quatre vers d’une poésie en face de chaque trait.
J’avais donc écrit les quatre vers après les quatre premiers tirets.
Comme il y avait quatre autres tirets alignés dessous, j’avais recopié les mêmes vers.
La maîtresse m’avait houspillée, avait déchiré la page de mon cahier, avait remis ses huit tirets et m’avait demandé de recommencer.
J’avais recommencé. Huit vers.
Elle s’était énervée un peu plus, avait re-déchiré la page, tracé à nouveau huit tirets.
Je ne comprenais décidément pas ce qu’elle voulait. Pourquoi laisser quatre tirets vides ?
J’avais recommencé à écrire huit lignes…
Exaspérée, elle m’avait giflée.

Le sixième souvenir, c’est le rendez-vous qu’avait pris ma mère avec la maîtresse.
La dame m’avait fait un grand sourire et avait agité sous mon nez un papier rose pâle en disant :
– Regarde, Colette, tu es une bonne élève.
Le rendez-vous n’avait peut-être rien à voir avec la gifle ?
Il s’était peut-être passé plusieurs jours depuis cette histoire ? Il s’était peut-être passé un trimestre ?
Il n’empêche. J’ai toujours eu le sentiment qu’elle nous avait achetées, ma mère et moi, avec ce tableau d’honneur.

 

24 octobre 2016

L’or saisons

Il appartient à la constellation du givre
Qui fleurit chaque matin d’hiver sous les pas
Il appartient au soleil
Qui goutte après la pluie
Sur l’été d’un chemin
Il appartient au souffle soyeux de l’air
Lorsque cille une branche
Prise dans l’aile du vent

Il appartient aux étoiles
à  l’été
à l’hiver
à l’or des saisons qu’il habite
Langues patientes des troupeaux

À faire fondre le sel des pierres

 

12 octobre 2016