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Quinzième volet

Voyage…

La vivance

C’est plein d’étoiles
essaimées dans mes nuits.
Plein de ciel bleu-chardon
au soleil des fleurs.
Plein de bulles où s’irise
la mémoire des reflets.
Plein de musique au fond du vent
et le vent au bout du monde.
C’est plein de vivance dans ma vie.

 

1985

Sérénité

Quand les ombres écloses débordent des cailloux
quand la lumière inonde un seul versant du ciel
quand l’imminence du soir dilue les horizons
alors le goût du vent sur la peau
ressemble à une pleine vague
 
On se sent noyé
et vivant

 

1985

Givre

Lovée autour d’un point serré,
serré, comme un éclat de givre,
centre de gravité décentré,
réfugié dans ma gorge.
Un peu de moi,
ce qu’il en reste,
même plus vraiment de la détresse.
Il reste tellement peu de rien,
ça fond tout seul, ailleurs…
Incohérence…
 
1984

A l’enfant qui n’est pas né

J’aimais te vivre
comme un soleil latent,
un horizon vivant aux confins de mon corps.
Je t’ai perdu comme on attend longtemps,
vide immense dans mon ventre.
Tu étais un vertige
et tu étais si seul
à basculer de ton rivage,
mon enfant au silence,
mon enfant à la nuit.

 

1984

Jamais

C’est à Jamais que tu appartiens,
aux heures filantes des étoiles.
La lune traîne au petit jour.
Elle a un goût de déjà vu
et de trop tard.
Tes mains courent sur la guitare,
tes mains hantées de paysages.
Le seul instant solide
dans ce port inventé,
c’est ce vieux répertoire
où s’ancrent tous les éclats
de phares
perdus.

1980

Chantier

Tristesse diffuse
Elle ne crie plus
Elle ne bat plus aux tempes
Elle se dépose et s’accumule
sans faire d’histoires
Elle ne va plus au fond des choses

Et moi je reste moi
l’affectif en chantier

1978

Tram away

Si je veux je peux
Si je veux je peux mentir l’hiver
Et le métal urbain des jours
La brume fauve des harmattans
Je l’invente
Je l’invente si je veux
J’en ai besoin, de mes déserts
Quand chaque nuit qui passe s’éteint
Quand le ciel se lève dans les vitrines
Me faire croire que j’aime ça
Les chemins du tram
Away
Même l’absence est ambigüe
Elle me lancine
Reflets de lumières éphémères
C’est la distance que je pose
Surexpose, une vie volée
La distance est élastique
Elle s’étend, s’étend
Jusqu’au rythme de mes semelles
Qu’est-ce que j’en sais si une langue d’air
Attise le feu des braseros ?
Un sourire dans ma voix, tu dis
Qu’est-ce que tu en sais si je souris
Dans le silence parcouru ?
Si je veux je peux mentir ce que je n’oublie pas
Je peux même mentir l’oubli
Dans les reflets
Et disparaître happée
Happée

Octobre 2011

Voltene Sue en a fait une très belle chanson !

Les rivières de vent

Oui je sais, j’ai perdu mes fenêtres d’éternité,
mes fenêtres du jamais,
j’ai perdu mon ciel.
Les avions sabrent de lignes de fuite mon nouvel horizon.
Oui je sais, j’ai perdu mes fenêtres d’essentiel.
Le soleil ne traverse pas,
il s’éteint sur mon abat-jour, mon abat-joie.
Sur mon écran s’affichent les rivières de vent,
du paysage en boîte, je sais.
Je peux fermer les yeux,
à tant fixer ces aubes
elles restent empreintes,
résiduelles.
Ouaga Wallaye Nawak (mes chiens), mes fidèles!
Mes mains gardent en mémoire
leur toucher de velours, sensuelle perpétuité.
Gianmaria Testa arpège,
il m’emporte,
il m’importe tant…
J’ai perdu mes fenêtres du jamais plus,
je n’y reviendrai pas,
j’ai déclaré forfait
illimité.
Dans ma rue des chagrins posthumes
il n’a jamais été si tard.
Il bruine, il nuit
sur ton échappée d’elle.

2010
Texte paru à La Barbacane N° 95/98

Un retour étranger

C’est le côté définitif qui désincarne cette maison.
Où ne pas être l’étrangère?
Ce n’est pas un retour que je vis,
c’est un départ. Aigu. Absolu.
Pourtant l’année était si blanche,
dans cet ailleurs de poussière.
On boit la vie et on s’aperçoit trop tard
qu’on avait oublié d’être ivre.
C’est le choix que l’on fait de ne pas savoir
où poser le bonheur.
Je me souviens qu’elle avait noué deux kolas
à un pan de son wax
et quelle avait les yeux vitrés de ceux qui vont partir.
J’ai perdu un des bracelets qu’Aïssa m’avait offerts.
Je voudrais que Solange laisse à jamais ouverte
la première déchirure de Kin.
Ça m’ennuierait qu’il oublie
la position du berger Peul.

 

Novembre 1993

Extrait de Allant vers et autres escales à L’Aigrette (2016)