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Quinzième volet

Voyage…

A l’enfant qui n’est pas né

J’aimais te vivre
comme un soleil latent,
un horizon vivant aux confins de mon corps.
Je t’ai perdu comme on attend longtemps,
vide immense dans mon ventre.
Tu étais un vertige
et tu étais si seul
à basculer de ton rivage,
mon enfant au silence,
mon enfant à la nuit.

 

1984

Jamais

C’est à Jamais que tu appartiens,
aux heures filantes des étoiles.
La lune traîne au petit jour.
Elle a un goût de déjà vu
et de trop tard.
Tes mains courent sur la guitare,
tes mains hantées de paysages.
Le seul instant solide
dans ce port inventé,
c’est ce vieux répertoire
où s’ancrent tous les éclats
de phares
perdus.

1980

Chantier

Tristesse diffuse
Elle ne crie plus
Elle ne bat plus aux tempes
Elle se dépose et s’accumule
sans faire d’histoires
Elle ne va plus au fond des choses

Et moi je reste moi
l’affectif en chantier

1978

Tram away

Si je veux je peux
Si je veux je peux mentir l’hiver
Et le métal urbain des jours
La brume fauve des harmattans
Je l’invente
Je l’invente si je veux
J’en ai besoin, de mes déserts
Quand chaque nuit qui passe s’éteint
Quand le ciel se lève dans les vitrines
Me faire croire que j’aime ça
Les chemins du tram
Away
Même l’absence est ambigüe
Elle me lancine
Reflets de lumières éphémères
C’est la distance que je pose
Surexpose, une vie volée
La distance est élastique
Elle s’étend, s’étend
Jusqu’au rythme de mes semelles
Qu’est-ce que j’en sais si une langue d’air
Attise le feu des braseros ?
Un sourire dans ma voix, tu dis
Qu’est-ce que tu en sais si je souris
Dans le silence parcouru ?
Si je veux je peux mentir ce que je n’oublie pas
Je peux même mentir l’oubli
Dans les reflets
Et disparaître happée
Happée

Octobre 2011

Voltene Sue en a fait une très belle chanson !

Les rivières de vent

Oui je sais, j’ai perdu mes fenêtres d’éternité,
mes fenêtres du jamais,
j’ai perdu mon ciel.
Les avions sabrent de lignes de fuite mon nouvel horizon.
Oui je sais, j’ai perdu mes fenêtres d’essentiel.
Le soleil ne traverse pas,
il s’éteint sur mon abat-jour, mon abat-joie.
Sur mon écran s’affichent les rivières de vent,
du paysage en boîte, je sais.
Je peux fermer les yeux,
à tant fixer ces aubes
elles restent empreintes,
résiduelles.
Ouaga Wallaye Nawak (mes chiens), mes fidèles!
Mes mains gardent en mémoire
leur toucher de velours, sensuelle perpétuité.
Gianmaria Testa arpège,
il m’emporte,
il m’importe tant…
J’ai perdu mes fenêtres du jamais plus,
je n’y reviendrai pas,
j’ai déclaré forfait
illimité.
Dans ma rue des chagrins posthumes
il n’a jamais été si tard.
Il bruine, il nuit
sur ton échappée d’elle.

2010
Texte paru à La Barbacane N° 95/98

Un retour étranger

C’est le côté définitif qui désincarne cette maison.
Où ne pas être l’étrangère?
Ce n’est pas un retour que je vis,
c’est un départ. Aigu. Absolu.
Pourtant l’année était si blanche,
dans cet ailleurs de poussière.
On boit la vie et on s’aperçoit trop tard
qu’on avait oublié d’être ivre.
C’est le choix que l’on fait de ne pas savoir
où poser le bonheur.
Je me souviens qu’elle avait noué deux kolas
à un pan de son wax
et quelle avait les yeux vitrés de ceux qui vont partir.
J’ai perdu un des bracelets qu’Aïssa m’avait offerts.
Je voudrais que Solange laisse à jamais ouverte
la première déchirure de Kin.
Ça m’ennuierait qu’il oublie
la position du berger Peul.

 

Novembre 1993

Extrait de Allant vers et autres escales à L’Aigrette (2016)

Exil

Il y a du sable dans le vent
et du vent dans la lumière.
C’est peut-être ça, ce tremblement
devant les yeux.
Comme des mirages brouillés
vos visages qui tournent,
et les pages s’envolent
du cahier répertoire.
La Tour de Babel désertée.
Et c’est le ciel des fenêtres
qui me traverse et me dérive…
Les flaques de soleil
sur le miroir des dalles,
et la lumière du lac
qui danse sur les murs.
 
Et c’est peut-être ça,
ce pincement au coeur,
cette attente oubliée des rires improvistes,
quand on rajoute quelques assiettes
sur la table,
et une planche de coffrage
entre deux tabourets…

 

 

1993
Texte paru à La Barbacane N° 95/98

Des étoiles sous l’océan

Comme si tu m’atteignais
de ce même soleil
à travers les années,
quelques vitres plus loin,
simplement,
à quelques fêlures près.
C’est comme une eau qui se referme
sur ma vie :
engloutis, les secrets, à jamais là pourtant,
posés comme des naufrages,
comme des étoiles
sous l’océan.
Mais le miroir est lisse
où j’ai rivé toutes mes saisons.

 

1989
Texte publié à La Barbacane N° 95/98

Soif

Verte, la nuit sur la montagne.
J’ai ce vert là au fond de la mémoire
comme une tache éblouie.
La course des étoiles en pluie
dans le ciel renversé des flaques:
ces miroirs du monde
dans le creux des rochers.
J’échangerais tous les oublis
pour une seule parcelle de mon trajet inachevé
infini.

Soif de vivre
une vie à tous les vents.

 

1985
Texte paru à La Barbacane N° 95/98