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Quinzième volet

Voyage…

Moody blues

Mais rien
Une absence
Un passage à franchir
Un frôlement
Une éraflure, d’accord
Une rivière étrécie, des galets sur mesure
Des éclats de soleil en surface
Qui palpitent
C’est comme un silence avec des mots dedans
Des mots d’échanges tus
Et puis plus rien alors
Un moody blues
ça n’a pas d’importance
ça n’a pas d’incidence
A peine un geste suspendu
ça ne veut rien dire quand ça tremble
La main, la voix, le paysage qui devient flou
Tout ça
Du limon sur les rives
Et le courant l’emporte

Mais rien, je te dis
C’est mon cœur mécanique
Il ne bat pas trop fort
Il met des majuscules là où il n’en faut pas

Septembre 2011

No pasaràn

Certains jours
il y a quelque chose d’offensif
dans ce soleil qui brille bleu
au dehors de nous
et qui s’en fout
de nos sinistres, de l’état des lieux
désertés
de nos marées montantes
et le creux de nos vagues
aux brise-l’âme
et puis certains soirs
tu peux chavirer tous les crépuscules que tu veux
toutes les étoiles sont bues
dans le halo des nuits mal famées
ce soleil bleu est aussi froid
que le blanc carrelé des urgences
mais
bras-dessus bras-dessous
nous
on s’en fout
le matin revient le jour suivant
on est toujours vivant

Septembre 2011

Eclat de dire

Ton île aux pierres de Fournaise
Le soleil emporté dans les sables du vent
Et le vent océan qui nous sépare
D’avant
Pleure pas, tu la retrouveras ta mer
Et la pensée s’étrangle au bout du rire
Eclat de dire
Comme un filament d’obsidienne
Je sais le goût de l’eau
Qui manque
Les rivages d’éther où tu naufrages
Si je pouvais
Si je pouvais seulement
Si
C’est toi qui as mal
Et c’est moi qui ai peur
C’est toi qui dis bon courage
Avant de raccrocher
C’est moi qui ne dis plus rien
De si loin
A bras le cœur au bord des mots
S’il suffisait mes bras
Je viendrais

Septembre 2011

Aller

La nuit bleu-néon des ponts
Ces abris de fortune pour ceux qui n’en ont pas
Je mets les pieds dans le plat des contresens
Ce qui me drape crisse comme une froissure
La toile des blessures rêches, émerisées
Je voudrais en découdre des aubes rapiécées
Je vais rentrer chez moi peut-être
Je ne sais pas
Je fais n’importe quoi, j’aime pas
J’aime pas ça, quand je marche de traverse
J’ai trop le choix des solitudes où je n’ai rien installé
Par habitude d’aller
Je vais rentrer chez moi peut-être
Si jamais je sais où je vais
Je résiste au silence et je résiste aux voix
Que je soulève à chaque pas
M’abandonner aux zigs et aux zags estuaires
Aborder

Passer au large de sa vie
On ne peut pas
Mais la nuit, la nuit je l’aurai à l’usure

Septembre 2011

(Allant vers et autres escales aux Editions de l’Aigrette)

Paru dans Verso n° 160

Les passants

Poésie de trottoir

La ville comme un livre à l’encre de vos pas
Je suivrais la dérive des fleurs de lumière
La traversée patiente des ombres absorbées
Chaque Histoire serait une page tournée
Chaque vie feuilletée serait du temps qui passe    

24 septembre 2011

Echec et mat

Le vent racle les feuilles mortes
Sur les chemins crevés d’ornières
Par nos roues dans le même sillage
Les pages blanches encore de ce silence qui était mien
C’était du temps des ambulances
Sur la table rase, des miettes
Maintenant les mots prolifèrent
Et se bousculent au bout des touches
Comme un trop tard Big Bang
Une bombe à retardement
Mieux vaut tard que j’aimais
Sur l’échiquier du temps à 2h du mat là-bas
(quand je dis là-bas c’était hier)
J’ai roqué ma tour d’ivoire
Le Roi est mort, vive le Roi
Les nuits hallucinées se suivent et me ressemblent
Les mots me saignent, irrépressibles
Ce silence traduit enfin
Recto- reverso
C’est à ne plus rien comprendre
Incroyable, je ne sais plus me taire !
Et ça ne va même pas couper dans le tunnel
Et au bout du tunnel l’aube
Et le matin tôt, partout, c’est bien
Même ici
(quand je dis ici c’est demain)

 

Septembre 2011

Non

Je ne voulais pas
les incendies acides qui rongent la calendrite de nos abris
Il pleut du désert maintenant
comme un vent de sable
Une pluie qui pique
J’allais vers l’orage
j’allais
Même en allant vers l’orage on peut arriver
quelque part se déserter
Je viens de passer la frontière de l’étoile
juste
point de feston lumière sur la crête
une étincelle cousue au sifflet macho des marmottes
Alors se dédouaner d’un lever de soleil
sur le tarmac des longs courriers…
Non
La nuit, le jour, le décalage horaire
Demain/ hier
Lobi* pour le dire
Non
Je décline
Je n’ai rien à déclarer

sinon la paix

* Lobi signifie hier ou demain en lingala (Congo)

Septembre 2011

Rumeurs

Minorer la crécelle des mauvaises nouvelles
la faux arquée
Avancer casquée sous les grêles de souffrances
ça grésille
Attention fragile
La place est vide et je m’en soucie
Au pied du baou je me rassemble
auprès de vies qui me sont neuves
mais il m’est dit que le feu couve encore
et qu’il se propage par les racines
dessous les ruines
et qu’il se consume encore des questions
Mais tu le sais bien, pourquoi
alors arrête

Arrête

Jour/nuit comme un enfant pleure
attendre que l’enfant do

Août 2011

Méli-mélo et des brouettes

Je ne date jamais rien
mes repères sont autres
Je me souviens de la lumière le jour où
quand tu m’as dit
et cette fois-là, le vent qu’il faisait
un minaret
et l’agouti était daubé, beurk !
Si je remonte un peu plus loin
plus près d’ici
je ne sais plus, ça fait des lunes
mais le doré du soleil
les dentelles de l’épouvantail, ma Bilitis façon façon
le troupeau d’oignons alignés
Tu m’as l’air d’une bergère
On riait
et puis l’odeur de la terre sous la brume vaporisée
Je me souviens de jours comme ça
le Land Art de nos jachères
bleu horizontal phacélies
Mais ne crois pas
je ne fais que déchirer le voile
je déshabille les fenêtres
j’en ai marre de tout calfeutrer
je me défais des oripeaux
j’aère, j’exhume, je libère
Une page de ciel déchiqueté
et j’éparpille et je fracasse
les nuages, les nuages
des crépuscules recommencés
sans cesse renouvelés
sans moi, c’est tout
ni Otema
Attends, j’ai une dernière image
de Zimbabwe dans la brouette
fox dru
après j’arrête

Août 2011

Traces d’émoi

Avant de partir j’ai jeté dans le poêle
les traces de moi
ne rien laisser
c’était trop lourd à porter
je n’ai pas autodafé ma mémoire
j’aurais dû
mais j’ai brûlé beaucoup de visages, des lettres, des carnets
une bûche, des photos, une bûche
c’est fou tout ce qu’on accumule
comme projets raturés
les brouillons d’une vie
des années, des années
comme ça, en fumée
le tiroir plein de cendres
je suis désolée, j’ai presque plus rien de vous
du coup
vos cœurs gros comme ça
ça ne rentrait pas
dans mon sac
et puis je me disais qu’on recommencerait
qu’on se refabriquerait des souvenirs
ailleurs
sauf Ceux qui ne sont plus
ils ne sont plus du tout
du coup

Août 2011