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Quinzième volet

Voyage…

Alors…

Alors le vent en poupe
L’étoile juste au dessus
(on m’a dit c’est la bonne, surtout ne bouge plus)
La vague qui soulève, tient la tête hors de l’eau
Ces mots offerts comme des matins
Ces mains tendues, ces bras ouverts
Où j’apprendrai à me blottir
Alors – même les bras ouverts –
C’est toi ?

27 février 2015

Le cadeau

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, je crois avoir aimé la nuit depuis que mon père m’a offert la lune.
J’avais quatre ans. Il nous a réveillés, mes frères et moi, il était peut-être 3 h du matin.
Je n’en sais rien, je dis ça aujourd’hui, maintenant que j’ai la notion du temps.
Bref, il était matin/nuit.
Il avait décidé de nous emmener sur une plage.
Je ne me souviens pas où c’était, je suppose que ce n’était
pas très loin de la ville où nous habitions.
Ce n’est que bien plus tard que j’ai demandé à mon père quel était cet endroit mais c’était tant d’années après
qu’il ne se souvenait même plus de cet instant.
Je ne sais pas si le voyage en voiture a duré longtemps ou pas.
Mes frères protestaient d’avoir été obligés de se lever si tôt. Je crois que j’avais un peu froid de sommeil mais j’étais excitée. J’étais contente parce qu’il faisait nuit et que j’avais le droit de ne pas dormir !
Il faisait encore très sombre lorsque nous sommes arrivés sur cette plage.
Plage au sable bleu nuit. De gros rochers ronds, lisses et noirs.
La mer brillait sous la lune pleine…
     – Regardez la lune, les enfants.
Elle se levait sur la mer, ronde, lisse et blanche.
C’est comme ça que j’ai aimé la lune pour la première fois de ma petite vie.
Ce fut une révélation.
Mon père était heureux. Il répétait :
    – Regardez la lune, les enfants.
Avons nous attendu que le soleil se lève ?
Avons nous passé la journée à la plage ?
Je me suis peut-être endormie, je ne me souviens pas de la suite.
Mais il m’est entré dans le cœur, ce cadeau de lever de lune.
Il n’en est plus ressorti.
 
5 avril 2012

Décibels

J’aime bien écouter.
J’aime mieux écouter que parler. J’ai les oreilles qui traînent par taire.
Dans le calme tout relatif du matin tôt, un démarreur tousse et tousse au bout
de la rue :
racatacata… racatacata… pof
Je ris.
Vous ne lui direz pas que j’ai ri, au monsieur (il est très énervé),
lorsqu’il a dit : putain de bagnole de merde !
Vous ne lui direz pas qu’il m’a mise de bonne humeur…
Puis le staccato crescendo decrescendo d’un trottis de cabot coursé par la voix de son maître essoufflé :
Viens ici ! Viens ici, j’te dis ! Gnn d’dieu tu vas voâââr !
A l’arrêt de bus un peu plus tard, deux femmes tiennent une conversation animée.
Elles parlent un langage que je ne connais pas et j’aime la musique de leurs étranges mots.
Je respire des bouffées d’images, de taïga peut-être ?
Mais il me faut avoir l’oreille plus sélective car c’est l’heure de pointes sonores.
Rebonds de pétarades, symphonie de moteurs, les notes vinaigrettes des sonneries de portables et des klaxons stridents.
Et puis…
Le tout soudain délicieux d’une voix d’enfant.
Ça traverse le coton acouphène du bruit qui m’enveloppe.
Elle dit Papa, la frissoulette. Une première fois d’abord.
Et puis elle dit : Papa, j’ai besoin d’un câlin, là.
Et ça me vibre encore au cœur longtemps après
et c’est comme une étreinte, logée là.
 
3 mars 2012

Kilomètre Ranch

Arbres au lichen
Leurs racines acides comme serres d’oiseaux
Agrippent
Echevellent les talus blonds
Des vallées avalées, dévalées
Dévidées
Jusqu’au kilomètre Ranch
Chante Salif, l’épopée ample
De la distance

20 février 2015

 

 

 

Laisse dire

On m’a dit c’est bleu
ce que tu écris
On m’a dit mais
c’est bleu nuit
Alors aujourd’hui
je n’ai prononcé que des oiseaux
Ils battent de leur aile
sur le parvis des jours

8 février 2015