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Quinzième volet

Voyage…

La tête au volcan

J’ai la tête au volcan. Oui, c’est là que je dors.
Je veux dire que mon lit est orienté sud-est dans la chambre que j’occupe chez mon frère, en cette nuit de juillet 2014.
Sud-est, dans la direction du Piton de la Fournaise.
Il n’est pas loin, il est à juste à 5 minutes. A vol d’hélicoptère.
Ah cet hélico ! Je l’ai vu tourner cet après-midi. Il longeait les flancs du Piton.
Quand on voit l’hélico c’est signe que la Fournaise est peut-être sur le point d’entrer en activité, m’a-t-on dit.
Nous étions au bord de l’océan, au pied du volcan, sur la route des laves. Cette route se nomme ainsi parce qu’elle traverse les différentes coulées qui ont débordé à plusieurs reprises jusqu’à la mer.
Elle est régulièrement refaite parce qu’elle est régulièrement emportée par de la lave fraiche. Chaude, je veux dire.
Bon là, ce n’était plus un feu liquide, c’était de la roche dure et noire. Par endroit râpeuse, toute alvéolée d’aspérités coupantes. A peine émoussée par un lichen bleu rampant à fleur de pierre.
Par endroits, lisse au contraire, comme vitrifiée en larges aréoles. On dirait de la bouse de vache mais c’est beau. Avec une végétation maigre et courageuse qui mettra quelques dizaines d’années avant de luxurier.
La lave était encore tiède, cependant, et fumait sous la bruine. Çà et là, quelques fumerolles. Le lieu était hanté de chiens jaunes faméliques sortis de nulle part.
Je ne voyais malheureusement pas la crête, ensevelie sous un nuage gras.
J’ai d’abord entendu l’hélicoptère avant de le voir. Il tournait autour du volcan. Il tournait et tournait, son bruit sans fin, puis il est sorti du brouillard .
Il était rouge, le ciel ! Il se passait quelque chose, c’est sûr ! J’étais subjuguée par la couleur de la brume. Pas rouge comme du feu hein, mais cuivrée.
Surexcitée, j’espérais, là, tout de suite, une éruption.
Le Piton de la Fournaise ne fait pas d’éruption, me dit mon frère. C’est un volcan effusif.
D’accord. J’attendais qu’il effuse.
Mais la pluie tombait, le soir aussi, il a fallu repartir.
Alors cette nuit-là,  allongée dans mon lit orienté Piton de la Fournaise, je ressasse mon émerveillement. Je suis celle qui a vu rougir le brouillard autour d’un volcan qui va entrer en activité. J’ai le cerveau qui bout.

Et j’entends, oui j’entends bien ! Un hélico qui tourne dans la nuit. Au sud-est, là où j’ai la tête de mon lit.
Je sors et je vois le ciel rouge ! Enfin cuivré, je veux dire.
Le volcan doit entrer en activité, c’est sûr ! Je ne distingue pas cet hélicoptère dans la nuit, trop de brume épaisse, mais c’est bien rouge (cuivré) côté volcan.
Je retourne chercher mon caméscope qui est prévu pour filmer en basse lumière.
Et je filme la nuit, en espérant qu’il pourra en enregistrer la couleur.
Histoire de pouvoir témoigner demain : J’ai vu le volcan entrer en activité, hier soir !
Je me précipite ensuite sur mon ordi pour y transférer mes images.

C’est noir…

Au moment du petit-déjeuner, je raconte à ma famille :
  – Je vous jure, le ciel était rouge. Et j’entendais l’hélico tourner !
  – Faut qu’on écoute les infos, ils vont dire s’il y a eu quelque chose.
  – Ah j’étais déçue que la caméra n’ait pas pu prendre ça.
    Franchement…
Je me suis interrompue. Nous étions là, autour de la table de la cuisine, et voilà que j’entendais toujours ce foutu hélico ! Mais personne d’autre que moi n’y faisait attention.
Parce que juste à côté de la table, dans cette cuisine qui jouxte la chambre où je dors la tête au volcan, il y a un frigo américain qui imite à s’y tromper le bruit d’un hélicoptère.
Orienté sud-est, le frigo.

8 janvier 2015

D’un lacet l’autre

D’un lacet l’autre
La route s’emboue
S’encailloute aux orages
Et peu importe
D’un lacet l’autre
J’ai fait du chemin
Un grand désordre déroulé
Comme un torrent
Comme une rivière
Comme un ruisseau
Comme une sève
Et tout soudain
D’un lacet l’autre
La vie s’irrigue
De coquelicots impressionnistes

4 juillet 2016

Extrait de L’or saisons aux éditions Tipaza

Clôture

Dans un gras pâturage
d’effrayants gras moutons
La peau de leurs ventres
est tendue comme la mort
Sur le fil de clôture
sèche un crapaud
et – tac et tac – son écorce
tresse des étincelles

29 juin 2016

Le jardin dans ma tête

Ce jardin, je ne l’ai pas
Mais il me suit ou me précède
Je l’habite partout dans ma tête
Des rossignols couvrent le bourdon acouphène des étoiles
Et la rivière nappe la gringotte des rossignols
Phrases d’un silence liquide comme la nuit
La nuit est volubile
Elle amplifie aux arbres la chamade du vent
Elle anticipe une bordée de tourterelles
Jetée par-dessus l’aube

14 juin 2016

Le dromadaire dans la poubelle

Le dromadaire dans la poubelle

Il n’a pas l’air très mort, le petit dromadaire. Mais je suppose qu’il l’est, puisqu’il est tout plié dans une poubelle. C’est une grosse poubelle ronde et verte, accrochée comme un flotteur devant un étrange pédalo, une sorte de vélo de mer.
L’homme qui l’enfourche pédale vers moi. Il porte un drôle de maillot de bain avec de la fourrure là où son corps est en contact avec la poubelle, c’est à dire sur les cuisses, les genoux, les avant-bras jusqu’aux mains gantées de mitaines.
Je m’offusque. Ce type ne va quand même pas jeter ses ordures ici, dans la mer ?!
Mais non, il passe son sillage en pédalant toujours.
Je m’aperçois que l’eau est infestée de requins. Ils me frôlent de tous côtés, devant, derrière, dessous. Font des remous qui me soulèvent et me ballottent.
Je me demande comment j’ai fait pour être si loin du rivage. C’est ce qui me fait comprendre que je rêve.
Je me réveille avant d’avoir peur.

2 juin 2016

Visions

Je sais des adolescents tels des flammes
aux coins de toutes les rues
La vie a mis à sang et à feu
leurs vies comme des pages écrites
Et je les vois, ces pages
se recroqueviller sur les mots
Les mots se tordent
se déforment et flambent
S’évanouissent les silhouettes
Le vent disperse alors
d’illisibles pétales de cendre

17 mai 2016