Quinzième volet
Voyage…
Drôle de voyage
Assise au soleil illusoire d’une lampe
juste à la cassure du halo et de l’ombre
Les murs canalisent un bruit bleu
Mais c’est l’odeur du froid
qui me réveille
29 janvier 2018
Essaim
La pluie prolonge la nuit
fourvoie la brume dans le vivier des mots
ici ou là
une route, un fleuve
chaque nuit véhicule son essaim d’étoiles
la guirlande d’un village
Rien n’est plus lisible
Lueur à la dérive
du dernier sampan
16 janvier 2018
Il y a un an et six heures de plus
Le ciel a la couleur de l’eau
Toujours ce coup d’épaule de la lumière
qui me transpose il y a un an
et six heures de plus qu’ici
Hier ici j’étais midi
donc j’étais dix-huit heures là-bas
Un lotus tea au Golden rice
Maintenant il est dix-huit heures ici
l’heure du froid
il est minuit là-bas
je cherche un peu de fraicheur
sur la terrasse du toit
Ce soir il sera minuit
six heures du matin là-bas
je te donne rendez-vous
chez le marchand de soupes
à gauche au fond de la ruelle
22 décembre 2017
Pluie
Éclats d’ailes à ma fenêtre
Il pleut à neige fondre
11 décembre 2017
Ah daube premiere elements !
Mon logiciel de montage vidéo fait n’importe quoi depuis quelque temps.
Il neige sur tous mes rushs, je ne vois pas ce que j’importe.
Je ne peux les visionner que lorsque je les glisse sur mon plan de travail. Je m’en débrouillais jusqu’à présent.
Mais seulement voilà : ce soir il remplace mes vidéos par des scènes que je ne connais pas et il les monte n’importe comment.
Il met des visages que je n’ai jamais filmés, ou alors il y a très longtemps, ou alors pas de cette manière-là.
Ce sont des visages que je connais, bien sûr. Des visages de personnes aimées ou au contraire copieusement détestées.
Et je ne contrôle plus rien. Des séquences effrayantes se succèdent à la lecture, des pistes audio s’imposent toutes seules avec une bande son que je n’ai pas choisie.
Alors j’efface, j’importe d’autres rushs, mais c’est chaque fois la même chose. Je vois défiler sur la ligne de scène des maladies, des accidents, des incendies, des deuils.
Je supprime encore, j’insère à nouveau d’innocentes prises de vue que je suis sûre d’avoir filmées mais rien à faire. Mon logiciel inocule des scénarios catastrophe.
Colères tristesses en fondu enchaîné. Gros plans sur mes larmes.
La seule façon d’en sortir est d’éteindre l’écran mais le logiciel ne veut pas s’arrêter. Il persiste à me demander si je veux enregistrer les modifications. Ne surtout pas enregistrer !
Je force alors l’application à quitter.
L’attrape-rêve à ma fenêtre attrape le vent et puis s’envole.
9 décembre 2017
Bories
Ici des hommes ont poussé leurs troupeaux,
leurs chiens, leurs voix
Rondeur des bories
toute en saillies de pierres
Parfum de terre chavirée par les bêtes
L’arbre mort veille
Ses os blancs vers le bleu dressés
son geste de flamme
Le puits est éteint
Le vent ne lève plus que du silence
4 décembre 2017
Pochée
La lune boit
Elle s’effrange
S’auréole
Pochée dans le lait
d’un nuage
27 novembre 2017
Une incursion dans un autre hiver
J’avais plaqué à la fenêtre
un bonhomme de cellophane
que je grimpais, grimpais
avec ses traces de pieds
au fur et à mesure que la neige
sur le toit d’en face
montait, montait
Une incursion dans un autre hiver
petits pas translucides
entre brouillard et buée
21 novembre 2017
Avant il y avait la mer
Avant il y avait la mer
L’empreinte sur la roche
est celle d’un crustacé
Du moins c’est ce que j’aime à penser
J’aime l’idée qu’avant
il y avait la mer
ici
dans ce pré
où paissent les bêtes
et les pierres
19 novembre 2017
Superstition
Un talisman d’argent et de cuir
Longtemps porté
Gage d’avenir tracé
Puis le cuir s’est rompu à mon cou
L’Afrique éparpillée
J’ai fait alors n’importe quoi
N’importe comment
N’importe où
Je suis devenue n’importe qui
Loin
Délivrée
14 novembre 2017
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