Joëlle Pétillot, poète et romancière a lu mon livre, et voici ce qu’elle écrit :

Quand c’était où, c’était comment ? Parce qu’en ces temps troublés, poser les bonnes questions s’impose.
Celle-ci est énoncée en titre d’un ouvrage de poésie de Colette Daviles- Estinès, paru aux éditions HENRY, dans la collection « La vie comme elle va.»
Et rien ne lui va mieux que cette collection-là.
Parce que ce livre-bijou, pour l’essentiel autobiographique, empreint d’une poésie constante, ne s’en tient pas là. Sont pris ici et là, dans son filet d’aiguë regardeuse, des papillons multicolores, graves, souriants, rebelles, carrément drôles (oh, les chroniques petzouilles, les mots de son fils alors petit, les êtres de rencontres, improbables parfois, les anecdotes drolatiques, mais ne nous leurrons pas, c’est toujours de la poésie brute) ou douloureux, en témoignent des souvenirs d’hôpital où ne rentre pas une once d’auto-apitoiement gluant, juste des choses vues, entendues, vécues. Et toujours, cet art de tordre les mots, ce sens de l’image vive, cet art de parole visuelle:
Chronique sur le Taïchi :
« …ou alors comme ce matin, j’oublie. Il était déjà lundi et demi quand j’ai réalisé que c’était le jour… »
Au Gabon, épisode de piscine scolaire
« Des enfants, dans le grand bassin comme dans le petit, il y en avait à peu près six au mètre carré. J’étais une timide maigrelette, je ne savais pas nager dans ce bain de bras et de jambes… »
Et soudain, la forme du poème en vers libre revient, et porte loin, comme dans
ce « extraite » qui tord le cœur

« Aujourd’hui est plus qu’un sursis/ Aujourd’hui est une vie graciée »
(…)
« Le soleil baigne encore ce piano quelque part/ Où je peinais mes notes. »
J’ai déjà dit, il y a longtemps, combien la poésie de Colette Daviles -Estinès tenait en grande partie sa lumière de ce qu’elle compte de déracinement. Ce sont souvent des mots d’exil : « Je me dévide de moi-même », écrit-elle. Il me semble que beaucoup de ses écrits relèvent de ce fil d’ariane, à emprunter d’urgence pour la suivre, entre Afrique et sud de la France, entre mer et volcan, entre ville (Cet épisode hilarant où le bruit de sa pile cardiaque intrigue et amuse une jeune passagère dans le bus !) et campagne, pour notre plus grand bonheur.
Il faut la quitter, à regret, sur cette belle déclaration qui clôture la totalité d’un ouvrage pluriel, où le sourire, le rire, la malice ont aussi leur place, et bien remplie.
« Il faudra bien qu’un jour j’épouse ma vie. De plain-pied, sans basculer en arrière. »
©Joëlle Pétillot