{"id":3131,"date":"2018-09-14T18:37:40","date_gmt":"2018-09-14T16:37:40","guid":{"rendered":"http:\/\/voletsouvers.ovh\/?p=3131"},"modified":"2018-09-14T18:37:40","modified_gmt":"2018-09-14T16:37:40","slug":"a-propos-de-matrie-de-michel-diaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/2018\/09\/14\/a-propos-de-matrie-de-michel-diaz\/","title":{"rendered":"A propos de Matrie de Michel Diaz"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section admin_label=\u00a0\u00bbsection\u00a0\u00bb][et_pb_row admin_label=\u00a0\u00bbrow\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime;][et_pb_text admin_label=\u00a0\u00bbTexte\u00a0\u00bb background_layout=\u00a0\u00bblight\u00a0\u00bb text_orientation=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb use_border_color=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb border_color=\u00a0\u00bb#ffffff\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3062\" src=\"http:\/\/voletsouvers.ovh\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/Matrie-couv.jpeg\" alt=\"Matrie couv\" width=\"620\" height=\"860\" srcset=\"https:\/\/voletsouvers.ovh\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/Matrie-couv.jpeg 620w, https:\/\/voletsouvers.ovh\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/Matrie-couv-216x300.jpeg 216w, https:\/\/voletsouvers.ovh\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/Matrie-couv-600x832.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 620px) 100vw, 620px\" \/><br \/>\n<strong><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">MATRIE <\/span><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Colette Daviles-Estin\u00e8s <\/span><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00e9ditions Henry (2018) <\/span><\/strong><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Conna\u00eetre son origine\u00a0\u00bb \u00e9crit Colette Daviles-Estin\u00e8s au d\u00e9but de la postface \u00e0 son recueil, posant l\u00e0, d\u00e8s ces mots, le sens de la d\u00e9marche po\u00e9tique qui conduit son ouvrage et le but de sa qu\u00eate. Et elle s&rsquo;en explique: \u00ab\u00a0Bringuebal\u00e9e sur la plan\u00e8te depuis ma naissance, d\u00e9racin\u00e9e, transplant\u00e9e, d\u00e9racin\u00e9e encore et encore, j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9e par les gens qui \u00e9taient en mesure de dire qu&rsquo;ils venaient d&rsquo;un pays particulier, d&rsquo;une r\u00e9gion bien pr\u00e9cise, le nom de leur famille est \u00e9crit sur les tombes de la moiti\u00e9 du cimeti\u00e8re de leur village.\u00a0\u00bb <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Le terme \u00ab\u00a0d&rsquo;expatriation\u00a0\u00bb n&rsquo;est certes pas tout \u00e0 fait synonyme de celui \u00ab\u00a0d&rsquo;exil\u00a0\u00bb, mais il peut recouvrir les m\u00eames douleurs engendr\u00e9es par les mouvements tragiques de l&rsquo;Histoire des hommes et la complexit\u00e9 des relations que ceux-ci entretiennent avec les lieux du monde o\u00f9 ils ont vu le jour, avec le monde, simplement, dans la globalit\u00e9 de son espace. Quoi qu&rsquo;il en soit, nous voici, dans ce recueil, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des sentiments et de la po\u00e9tique du po\u00e8te Adonis qui fait de l&rsquo;exil sa plus pr\u00e9cieuse et sa plus forte revendication, sa seule l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 \u00eatre et \u00e0 \u00e9crire, puisque, pour ce dernier, nous ne pouvons, ni ne devons, nous inscrire dans aucun lieu, que l&rsquo;exil est le seul territoire possible \u00e0 l&rsquo;homme et au po\u00e8te, et que le seul chemin de libert\u00e9 o\u00f9 il peut avancer est celui de l&rsquo;errance assum\u00e9e, vers un lointain inaccessible, son unique patrie. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Evoquant la complexit\u00e9 li\u00e9e aux origines de sa propre histoire, Colette Daviles-Estin\u00e8s \u00e9crit, quant \u00e0 elle, d\u00e8s les premi\u00e8res pages de son ouvrage: \u00ab\u00a0Des ann\u00e9es que je porte cette histoire \/ sans trop savoir \/ par quel bout la prendre.\u00a0\u00bb <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">En effet, d&rsquo;\u00e9vidence, l&rsquo;auteure ne sait trop par quel bout la prendre. En inversant les mots \u00ab\u00a0d&rsquo;aller-retour\u00a0\u00bb pour parler de ses deux voyages au Vietnam o\u00f9 elle est n\u00e9e (et dont elle n&rsquo;a aucun souvenir), et en en faisant deux \u00ab\u00a0retour-aller\u00a0\u00bb, elle indique bien o\u00f9 sont ses vraies racines affectives, celles aussi \u00ab\u00a0du sang\u00a0\u00bb, ce territoire qu&rsquo;elle nomme \u00ab\u00a0matrie\u00a0\u00bb faute de pouvoir revendiquer l&rsquo;espace d&rsquo;une plus authentique patrie. Pourtant, en m\u00eame temps, les courts po\u00e8mes qui composent cet ouvrage, consacr\u00e9s \u00e0 ces retours vers la terre natale, s&rsquo;apparentent plut\u00f4t \u00e0 des pages de \u00ab\u00a0carnets de voyage\u00a0\u00bb o\u00f9 s&rsquo;expriment d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9motion, l&rsquo;\u00e9tonnement et le ravissement de la d\u00e9couverte plus que le sentiment de la re-d\u00e9couverte ou de la re-connaissance de cette terre, puisque celle-ci n&rsquo;existait que par ce que lui avait l\u00e9gu\u00e9, de longue date, la m\u00e9moire familiale. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Pour \u00eatre expatri\u00e9e, il faudrait d&rsquo;abord avoir une patrie\u00a0\u00bb dit l&rsquo;auteure dans le m\u00eame texte de postface. C&rsquo;est bien l\u00e0 le probl\u00e8me de tous ceux qui se sentent d\u00e9racin\u00e9s, qui se sentent toujours plus ou moins \u00e9trangers dans le pays o\u00f9 le hasard des \u00e9v\u00e9nements les a tr\u00e8s t\u00f4t jet\u00e9s, ou celui dans lequel ils ont choisi de vivre, de ceux-l\u00e0 qui, parfois, doivent tout apprendre et, pour les autres r\u00e9apprendre, de leur pays natal. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Si je puis me permettre ici une tr\u00e8s br\u00e8ve parenth\u00e8se, je me contenterai de dire que je suis d&rsquo;autant plus sensible \u00e0 l&rsquo;expression de ce d\u00e9chirement que, partag\u00e9 moi-m\u00eame, depuis toujours, entre trois pays, trois cultures, je n&rsquo;ignore pas que, souvent, on ne peut sauver son identit\u00e9 qu&rsquo;en revendiquant, comme le fait Colette Daviles-Estin\u00e8s, son statut de \u00ab\u00a0citoyen(ne) du monde\u00a0\u00bb. Mais j&#8217;employais la formule de \u00ab\u00a0carnets de voyage\u00a0\u00bb car la plupart des titres de ces po\u00e8mes (et leur contenu) nous permettent de le faire, m\u00eame nous y incitent, par exemple: \u00ab\u00a0Duba\u00ef Bang-kok\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0H\u00f6-Chi-Minh-Ville\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Minh Chan H\u00f4tel\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Niakou\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Savourer le voyage\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0M\u00e9kong\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0H\u00f4i An\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Baie d&rsquo;Ha Long\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La dix-neuvi\u00e8me chambre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Hu\u00e9, le r\u00eave\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Bus de jour\u00a0\u00bb. Pages de carnet po\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture exquis\u00e9ment sensible aux objets et formes du monde, aux rumeurs de la vie, des villes et des rues, aux voix qui les animent, aux odeurs, aux saveurs, aux \u00e9clats des lumi\u00e8res sur l&rsquo;eau. On tombe ainsi, \u00e0 chaque page, sur de savoureuses trouvailles de langage o\u00f9 se condense la plus pure po\u00e9sie. Celles-l\u00e0, presque prises au hasard: \u00ab\u00a0je cherche le vent rouge \/ dans la m\u00e9moire du ciel\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0ce pan de miroir o\u00f9 plisse \/ une aube de safran\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0on entend la pluie frire sur les toits\u00a0\u00bb, ou encore \u00ab\u00a0Je capte la lumi\u00e8re \/ qui crawle et se d\u00e9lite \/ \u00e0 la surface de tout ce qui onde.\u00a0\u00bb <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Ces pages, qui ressemblent davantage \u00e0 la narration d&rsquo;une errance qu&rsquo;\u00e0 un voyage qui aurait pr\u00e9vu sa destination, sont aussi l&rsquo;occasion, bien \u00e9videmment, d&rsquo;\u00e9vocations d&rsquo;ordre autobiographique qui entrent dans le cadre de la \u00ab\u00a0qu\u00eate des origines\u00a0\u00bb. Le premier po\u00e8me, \u00ab\u00a0Puzzle\u00a0\u00bb, en pose les premiers \u00e9l\u00e9ments, et le titre de quelques autres en consolide le parcours: \u00ab\u00a0Le consulat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mamie Louisa\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mon sang du nord\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Au nom des p\u00e8res\u00a0\u00bb. L\u00e0 encore, une \u00e9criture s\u00fbre sait trouver le point d&rsquo;\u00e9motion, comme dans \u00ab\u00a0Hai Phong \/&#8230;\/ Port qui n&rsquo;en finit pas \/ de traverser l&rsquo;\u00e9cume naphtaline \/ tous flamboyants \u00e9teints\u00a0\u00bb. C&rsquo;est dans ces textes que la voix de Colette Daviles-Estin\u00e8s semble retrouver, tout spontan\u00e9ment, comme remont\u00e9e du fond d&rsquo;elle-m\u00eame et \u00e0 son insu, des accents de petite fille: \u00ab\u00a0Nous avons long\u00e9 le p\u00e2t\u00e9 de maisons \/ C&rsquo;est un gros p\u00e2t\u00e9, ta maison, Papa\u00a0\u00bb, ou encore, \u00e0 propos de sa grand-m\u00e8re: \u00ab\u00a0Je l&rsquo;imaginais assise en amazone \/ derri\u00e8re son prince charmant \/ sur la croupe d&rsquo;un cheval blanc\u00a0\u00bb. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Ce recueil de po\u00e8mes, dans lequel le regard se tourne vers le visage du pays perdu, retrouv\u00e9, et r\u00e9appropri\u00e9 par l&rsquo;\u00e9criture, comme l&rsquo;on reconstruit avec les \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9 les images d&rsquo;un r\u00eave, n&rsquo;est pourtant pas porteur d&rsquo;une nostalgie qui verserait dans l&rsquo;effusion. Mais il est l&rsquo;expression d&rsquo;une douleur toujours ouverte, ferment d&rsquo;un \u00ab\u00a0chant profond\u00a0\u00bb o\u00f9 se dit que notre appartenance <\/span><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">au monde ne va jamais de soi. Et que, pour y trouver sa place, il faut, pour quelques-uns, y chercher et y labourer son territoire de parole, y d\u00e9poser ses mots, comme en terre d&rsquo;asile on pose son bagage pour y trouver quelque repos. Dans ce qu&rsquo;il offre de mati\u00e8re po\u00e9tique, ce livre de l&rsquo;errance est aussi le livre d&rsquo;une halte, celle d&rsquo;une m\u00e9moire en partie retrouv\u00e9e, reconstruite, \u00ab\u00a0balay\u00e9e d&rsquo;ombre sous le vent\u00a0\u00bb mais offerte un moment \u00e0 l&rsquo;apaisement et \u00e0 ce qu&rsquo;il permet de possible partage. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Michel Diaz, 13\/09\/2018 <\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_post_nav admin_label=\u00a0\u00bbNavigation dans les posts\u00a0\u00bb in_same_term=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb hide_prev=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb hide_next=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_border_color=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb border_color=\u00a0\u00bb#ffffff\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb \/][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MATRIE Colette Daviles-Estin\u00e8s \u00e9ditions Henry (2018) \u00ab\u00a0Conna\u00eetre son origine\u00a0\u00bb \u00e9crit Colette Daviles-Estin\u00e8s au d\u00e9but de la postface \u00e0 son recueil, posant l\u00e0, d\u00e8s ces mots, le sens de la d\u00e9marche po\u00e9tique qui conduit son ouvrage et le but de sa qu\u00eate. Et elle s&rsquo;en explique: \u00ab\u00a0Bringuebal\u00e9e sur la plan\u00e8te depuis ma naissance, d\u00e9racin\u00e9e, transplant\u00e9e, d\u00e9racin\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"<p><img class=\"alignnone size-full wp-image-3062\" src=\"http:\/\/voletsouvers.ovh\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/Matrie-couv.jpeg\" alt=\"Matrie couv\" width=\"620\" height=\"860\" \/><br \/><strong><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">MATRIE <\/span><\/strong><br \/><strong><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Colette Daviles-Estin\u00e8s <\/span><\/strong><br \/><strong><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00e9ditions Henry (2018) <\/span><\/strong><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">\"Conna\u00eetre son origine\" \u00e9crit Colette Daviles-Estin\u00e8s au d\u00e9but de la postface \u00e0 son recueil, posant l\u00e0, d\u00e8s ces mots, le sens de la d\u00e9marche po\u00e9tique qui conduit son ouvrage et le but de sa qu\u00eate. Et elle s'en explique: \"Bringuebal\u00e9e sur la plan\u00e8te depuis ma naissance, d\u00e9racin\u00e9e, transplant\u00e9e, d\u00e9racin\u00e9e encore et encore, j'ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9e par les gens qui \u00e9taient en mesure de dire qu'ils venaient d'un pays particulier, d'une r\u00e9gion bien pr\u00e9cise, le nom de leur famille est \u00e9crit sur les tombes de la moiti\u00e9 du cimeti\u00e8re de leur village.\" <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Le terme \"d'expatriation\" n'est certes pas tout \u00e0 fait synonyme de celui \"d'exil\", mais il peut recouvrir les m\u00eames douleurs engendr\u00e9es par les mouvements tragiques de l'Histoire des hommes et la complexit\u00e9 des relations que ceux-ci entretiennent avec les lieux du monde o\u00f9 ils ont vu le jour, avec le monde, simplement, dans la globalit\u00e9 de son espace. Quoi qu'il en soit, nous voici, dans ce recueil, \u00e0 l'oppos\u00e9 des sentiments et de la po\u00e9tique du po\u00e8te Adonis qui fait de l'exil sa plus pr\u00e9cieuse et sa plus forte revendication, sa seule l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 \u00eatre et \u00e0 \u00e9crire, puisque, pour ce dernier, nous ne pouvons, ni ne devons, nous inscrire dans aucun lieu, que l'exil est le seul territoire possible \u00e0 l'homme et au po\u00e8te, et que le seul chemin de libert\u00e9 o\u00f9 il peut avancer est celui de l'errance assum\u00e9e, vers un lointain inaccessible, son unique patrie. <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Evoquant la complexit\u00e9 li\u00e9e aux origines de sa propre histoire, Colette Daviles-Estin\u00e8s \u00e9crit, quant \u00e0 elle, d\u00e8s les premi\u00e8res pages de son ouvrage: \"Des ann\u00e9es que je porte cette histoire \/ sans trop savoir \/ par quel bout la prendre.\" <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">En effet, d'\u00e9vidence, l'auteure ne sait trop par quel bout la prendre. En inversant les mots \"d'aller-retour\" pour parler de ses deux voyages au Vietnam o\u00f9 elle est n\u00e9e (et dont elle n'a aucun souvenir), et en en faisant deux \"retour-aller\", elle indique bien o\u00f9 sont ses vraies racines affectives, celles aussi \"du sang\", ce territoire qu'elle nomme \"matrie\" faute de pouvoir revendiquer l'espace d'une plus authentique patrie. Pourtant, en m\u00eame temps, les courts po\u00e8mes qui composent cet ouvrage, consacr\u00e9s \u00e0 ces retours vers la terre natale, s'apparentent plut\u00f4t \u00e0 des pages de \"carnets de voyage\" o\u00f9 s'expriment d'abord l'\u00e9motion, l'\u00e9tonnement et le ravissement de la d\u00e9couverte plus que le sentiment de la re-d\u00e9couverte ou de la re-connaissance de cette terre, puisque celle-ci n'existait que par ce que lui avait l\u00e9gu\u00e9, de longue date, la m\u00e9moire familiale. <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">\"Pour \u00eatre expatri\u00e9e, il faudrait d'abord avoir une patrie\" dit l'auteure dans le m\u00eame texte de postface. C'est bien l\u00e0 le probl\u00e8me de tous ceux qui se sentent d\u00e9racin\u00e9s, qui se sentent toujours plus ou moins \u00e9trangers dans le pays o\u00f9 le hasard des \u00e9v\u00e9nements les a tr\u00e8s t\u00f4t jet\u00e9s, ou celui dans lequel ils ont choisi de vivre, de ceux-l\u00e0 qui, parfois, doivent tout apprendre et, pour les autres r\u00e9apprendre, de leur pays natal. <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Si je puis me permettre ici une tr\u00e8s br\u00e8ve parenth\u00e8se, je me contenterai de dire que je suis d'autant plus sensible \u00e0 l'expression de ce d\u00e9chirement que, partag\u00e9 moi-m\u00eame, depuis toujours, entre trois pays, trois cultures, je n'ignore pas que, souvent, on ne peut sauver son identit\u00e9 qu'en revendiquant, comme le fait Colette Daviles-Estin\u00e8s, son statut de \"citoyen(ne) du monde\". Mais j'employais la formule de \"carnets de voyage\" car la plupart des titres de ces po\u00e8mes (et leur contenu) nous permettent de le faire, m\u00eame nous y incitent, par exemple: \"Duba\u00ef Bang-kok\", \"H\u00f6-Chi-Minh-Ville\", \"Minh Chan H\u00f4tel\" \"Niakou\u00e9\", \"Savourer le voyage\", \"M\u00e9kong\", \"H\u00f4i An\", \"Baie d'Ha Long\", \"La dix-neuvi\u00e8me chambre\", \"Hu\u00e9, le r\u00eave\" ou \"Bus de jour\". Pages de carnet po\u00e9tique \u00e0 l'\u00e9criture exquis\u00e9ment sensible aux objets et formes du monde, aux rumeurs de la vie, des villes et des rues, aux voix qui les animent, aux odeurs, aux saveurs, aux \u00e9clats des lumi\u00e8res sur l'eau. On tombe ainsi, \u00e0 chaque page, sur de savoureuses trouvailles de langage o\u00f9 se condense la plus pure po\u00e9sie. Celles-l\u00e0, presque prises au hasard: \"je cherche le vent rouge \/ dans la m\u00e9moire du ciel\", ou \"ce pan de miroir o\u00f9 plisse \/ une aube de safran\", ou \"on entend la pluie frire sur les toits\", ou encore \"Je capte la lumi\u00e8re \/ qui crawle et se d\u00e9lite \/ \u00e0 la surface de tout ce qui onde.\" <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Ces pages, qui ressemblent davantage \u00e0 la narration d'une errance qu'\u00e0 un voyage qui aurait pr\u00e9vu sa destination, sont aussi l'occasion, bien \u00e9videmment, d'\u00e9vocations d'ordre autobiographique qui entrent dans le cadre de la \"qu\u00eate des origines\". Le premier po\u00e8me, \"Puzzle\", en pose les premiers \u00e9l\u00e9ments, et le titre de quelques autres en consolide le parcours: \"Le consulat\", \"Mamie Louisa\", \"Mon sang du nord\" ou \"Au nom des p\u00e8res\". L\u00e0 encore, une \u00e9criture s\u00fbre sait trouver le point d'\u00e9motion, comme dans \"Hai Phong \/...\/ Port qui n'en finit pas \/ de traverser l'\u00e9cume naphtaline \/ tous flamboyants \u00e9teints\". C'est dans ces textes que la voix de Colette Daviles-Estin\u00e8s semble retrouver, tout spontan\u00e9ment, comme remont\u00e9e du fond d'elle-m\u00eame et \u00e0 son insu, des accents de petite fille: \"Nous avons long\u00e9 le p\u00e2t\u00e9 de maisons \/ C'est un gros p\u00e2t\u00e9, ta maison, Papa\", ou encore, \u00e0 propos de sa grand-m\u00e8re: \"Je l'imaginais assise en amazone \/ derri\u00e8re son prince charmant \/ sur la croupe d'un cheval blanc\". <\/span><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Ce recueil de po\u00e8mes, dans lequel le regard se tourne vers le visage du pays perdu, retrouv\u00e9, et r\u00e9appropri\u00e9 par l'\u00e9criture, comme l'on reconstruit avec les \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9 les images d'un r\u00eave, n'est pourtant pas porteur d'une nostalgie qui verserait dans l'effusion. Mais il est l'expression d'une douleur toujours ouverte, ferment d'un \"chant profond\" o\u00f9 se dit que notre appartenance <\/span><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">au monde ne va jamais de soi. Et que, pour y trouver sa place, il faut, pour quelques-uns, y chercher et y labourer son territoire de parole, y d\u00e9poser ses mots, comme en terre d'asile on pose son bagage pour y trouver quelque repos. Dans ce qu'il offre de mati\u00e8re po\u00e9tique, ce livre de l'errance est aussi le livre d'une halte, celle d'une m\u00e9moire en partie retrouv\u00e9e, reconstruite, \"balay\u00e9e d'ombre sous le vent\" mais offerte un moment \u00e0 l'apaisement et \u00e0 ce qu'il permet de possible partage. <\/span><\/p><p><br \/><span style=\"font-family: verdana, geneva, sans-serif; font-size: 12pt;\">Michel Diaz, 13\/09\/2018 <\/span><\/p>","_et_gb_content_width":"","om_disable_all_campaigns":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[26,24],"tags":[],"class_list":["post-3131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-a-propos","category-publications"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3131"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3131\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3133,"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3131\/revisions\/3133"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/voletsouvers.ovh\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}